Les barrages resteront en place jusqu'au retour du chef

Les durs de Ratsiraka organisent la résistance

clicanoo 24.04.2002 (automatische Übersetzung -deutsch)

Les jusqu'au-boutistes du camp Ratsiraka organisent, par la voix des gouverneurs des provinces, la résistance à l'accord de réconciliation signé par leur chef le 18 avril à Dakar avec Marc Ravalomanana. Le gouvernement de ce dernier, pour apaiser la tension, a par ailleurs décidé hier de se contenter d'expédier les affaires courantes jusqu'à la proclamation des résultats officiels du premier tour issus du nouveau décompte des voix

En refusant lundi soir de lever les barrages qui asphyxient la capitale et les hauts plateaux, fiefs des pro-Ravalomanana, les “durs” du régime Ratsiraka remettent gravement en question l'accord de Dakar, estime-t-on dans les milieux diplomatiques et parmi les ratsirakistes modérés. “J'espère que Didier Ratsiraka est au courant de la décision des gouverneurs, car si ce n'est pas le cas, c'est très très dangereux : cela veut dire qu'il ne contrôle plus ses troupes”, a dit l'un de ses plus proches “lieutenants”. Plusieurs autres ont répété ces derniers jours qu'ils s'étaient sentis “trahis” par leur chef à Dakar.
Les gouverneurs des cinq provinces autonomes avaient annoncé lundi soir qu'ils ne lèveraient pas les barrages tant que le gouvernement de M. Ravalomanana restait en place. Or l'accord de Dakar imposait leur levée dès la signature, le 18 avril. Le lendemain, le Premier ministre de M. Ravalomanana Jacques Sylla avait donné “quelques jours” à M. Ratsiraka pour s'exécuter, faute de quoi il considérerait l'accord “caduc”.

“UN BAROUD D’HONNEUR”

“Parmi les gouverneurs, il y a au moins deux jusqu'au-boutistes”, assure un expert étranger. “Il y a des extrémistes qui organisent la résistance à l'accord”, analyse un diplomate. Pas seulement des gouverneurs, mais aussi des ministres de Ratsiraka et des membres de sa famille — on cite en particulier sa fille Sophie -, qui ont tout à perdre si M. Ravalomanana l'emporte, jugent unanimement observateurs étrangers et journalistes malgaches indépendants.
“Plus que de la résistance, c'est un baroud d'honneur pour montrer leurs forces, pour qu'on ne les oublie pas dans l'éventualité d'un départ de M. Ratsiraka”, estime un autre observateur étranger proche des négociations.
“Ils jouent avec le feu et cela peut être dangereux quand la population est excédée par des mois de privations en raison des pénuries”, avertit le diplomate.
Durant le week-end, le gouverneur de Mahajanga avait fait lever le barrage principal sur la route qui mène à Antananarivo, pour se conformer à l'accord. Mais sur intervention de ses pairs et d' “autres personnalités”, il l'a fait remettre en place lundi.
Le mutisme, voulu ou non, de M. Ratsiraka, cinq jours après la signature, favorise la libre interprétation d'un accord flou à certains égards mais clair au moins sur un point : le gouvernement de transition, qui doit être composé par les deux camps, ne verra le jour que si les résultats officiels du premier tour de la présidentielle, dont un nouveau décompte est en cours, ne donnent pas la majorité absolue à l'un des deux rivaux. Le gouvernement de transition aurait alors pour tâche principale d'organiser un référendum pour départager les deux candidats.
“M. Ratsiraka est peut-être derrière la décision des gouverneurs, pour maintenir la pression sur son rival en attendant son retour au pays, prévu pour le week-end prochain et, surtout, l'arrivée de la mission de l'Organisation de l'unité africaine pour le suivi de l'accord, attendue la semaine prochaine à Antananarivo”, analyse l'expert proche de la négociation. “Il est sûrement derrière, c'est un jeu tactique, mais la situation est explosive, car il y a aussi des jusqu'au-boutistes dans l'autre camp prêts à précipiter les choses”, juge un autre observateur étranger.
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LE GOUVERNEMENT SYLLA CALME LE JEU

Le gouvernement de Marc Ravalomanana a décidé hier de se contenter d'expédier les affaires courantes jusqu'à la proclamation des résultats officiels de la présidentielle, face au refus des partisans de Didier Ratsiraka de lever le blocus d'Antananarivo.
“Nous devons éviter les provocations, respecter l'accord à la lettre et faire preuve de sagesse, rester à une forme de statu quo jusqu'aux résultats officiels de la présidentielle”, a déclaré M. Ravalomanana, en insistant toutefois sur la nécessité de “lever immédiatement les barrages”. “Nous ne prendrons plus d'actes importants jusqu'aux résultats, nous allons nous cantonner à l'expédition des affaires courantes”, a déclaré un proche conseiller de Jacques Sylla, le Premier ministre de M. Ravalomanana. Par exemple, le camp Ravalomanana ne cherchera pas à installer ses hauts fonctionnaires à la place des gouverneurs ratsirakistes encore en place dans trois provinces sur cinq.
De son côté, la Haute cour constitutionnelle a entamé le nouveau décompte des suffrages le 17 avril.
“Nous estimons qu'il sera difficile, voire impossible, d'organiser un nouveau décompte (…) quatre mois après la clôture effective des opérations de vote”, ont commenté les gouverneurs pro Ratsiraka.
Ces derniers violent la lettre de l'accord de Dakar en refusant de lever le blocus de la capitale, mais en appellent à l'esprit du texte pour justifier leur décision : le gouvernement Sylla et les deux gouverneurs-bis pro-Ravalomanana sont “illégaux”, et doivent être démis pour que l'accord soit mis en œuvre, insistent-ils.


REPÈRES

• PARIS INVITE À RESPECTER L'ACCORD DE DAKAR
“Nous invitons à nouveau les deux protagonistes à mettre en œuvre l'accord du 18 avril, afin notamment de garantir la paix civile, le respect des principes démocratiques et l'activité économique”, a déclaré hier le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, François Rivasseau. “Nous notons avec satisfaction l'arrêt des violences depuis le 18 avril. Mais les autres dispositions de l'accord doivent être appliquées sans délai”, a-t-il ajouté.

• LA DEMANDE DE M.WADE
Le président du Sénégal Abdoulaye Wade a demandé lundi aux ministres des Affaires étrangères du Sénégal, du Mozambique, du Gabon, du Bénin et de Côte-d’Ivoire de se rendre à Madagascar. M. Wade en a informé le secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine, Amara Essy. Selon la présidence sénégalaise, MM. Ravalomanana et Ratsiraka auraient accueilli favorablement cette initiative.

• L'UNION EUROPÉENNE SATISFAITE DE L’ACCORD
L'Union européenne a exprimé hier sa “satisfaction” après l'accord de Dakar. “Les résultats obtenus sont conformes aux objectifs de l'Union européenne : recherche de la paix civile, respect des principes démocratiques et solution politique à la crise”, a indiqué la présidence espagnole de l'UE. “Il est important que cet accord s'applique pleinement et dans le respect du droit constitutionnel malgache en vigueur et de l'attitude de l'opinion publique”, ont annoncé les Quinze. “Cet accord permettra à l'Union européenne de poursuivre l'application de ses programmes d'assistance et de coopération”, a-t-elle ajouté.