| ARTICLE DU 18/04/2002 |
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Océan Indien
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Pemiers effets de la
médiation africaine
Les deux hommes, qui ne s'étaient pas
rencontrés depuis le 13 février, sous l'égide de l'Organisation de l'Unité
africaine (OUA), étaient ensemble hier en fin de journée dans un grand
hôtel de la périphérie de Dakar. Une médiation est menée depuis mardi
entre les deux rivaux malgaches dans cet hôtel par plusieurs chefs d'Etat
africains réunis par le président sénégalais Abdoulaye Wade.
Le secrétaire général de l'OUA, Amara Essy, est également présent, de même que le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU en Afrique de l'Ouest, Ibrahima Fall, basé à Dakar. Avant de se retrouver ensemble, Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana avaient rencontré à plusieurs reprises et à tour de rôle les présidents Abdoulaye Wade, Laurent Gbagbo (Côte-d'Ivoire) et Joaquim Chissano (Mozambique). Le président béninois Mathieu Kérékou, qui avait participé à la médiation mardi soir, était rentré hier matin dans son pays. La base des discussions a évolué dans la journée, puisque les résultats du premier tour de l'élection présidentielle du 16 décembre dernier, à l'origine de la crise, ont été annulés par la cour suprême malgache (lire par ailleurs). OUI À UN RETOUR AUX URNES SI… A Antananarivo, le "Premier ministre" de M. Ravalomanana, Jacques Sylla, a fait savoir que celui-ci retournerait aux urnes si les résultats officiels de la présidentielle, qui doivent faire désormais l'objet d'un nouveau décompte par une nouvelle cour, ne lui accordaient pas la majorité absolue au premier tour. “Si les nouveaux résultats officiels nous donnent la majorité absolue, j'espère que l'amiral Ratsiraka acceptera de reconnaître que Marc Ravalomanana est le président de Madagascar”, a-t-il ajouté. “L'annonce de M. Sylla est totalement en phase avec celle faite aux médiateurs de Dakar par M. Ravalomanana”, note un expert étranger proche de la médiation. “L'arrêt de la Cour suprême est dans la légalité”, observe-t-il, en ajoutant : “Si la nouvelle HCC proclame que M. Ravalomanana est président dès le premier tour, il devient le président légal pour tout le monde, y compris la communauté internationale.” “Mais il doit également accepter les autres conséquences de l'arrêt : de facto, jusqu'à l'annonce des résultats, il ne peut plus être président et la solution d'un gouvernement intérimaire d'union nationale, comprenant des éléments des deux camps, redevient nécessaire”, analyse l'expert. Il s'agit là de la proposition récurrente de la communauté internationale, par la voix de l'OUA. CONDAMNATION DE L’UNION EUROPÉENNE “C'est une solution idéale mais elle a peu de chances d'aboutir”, commente un autre observateur étranger proche des négociations. Pour lui, les violences sont allées trop loin sur le terrain et les deux hommes sont débordés par leurs partisans extrémistes. “Le gouvernement d'union nationale est le scénario optimiste dessiné par les bailleurs de fonds, mais leur scénario pessimiste, c'est-à-dire le conflit larvé qui dégénère en guerre civile, se profile malheureusement”, prédit un observateur international. "Nous sommes conscients que la chambre administrative sera neutre dans le nouveau comptage des voix et que la justice triomphera", a de son côté déclaré le "vice-Premier ministre" de M. Ravalomanana, Narisoa Rajaonarivony, présent à Dakar. Les deux principaux intéressés n'avaient cependant pas commenté hier cette décision de justice. Un observateur aux rencontres tenues dans la nuit de mardi à mercredi avait estimé que les deux "présidents" ne semblaient pas avoir évolué dans leurs positions et que la médiation pourrait être laborieuse. Mais un autre observateur estimait difficile d'imaginer qu'ils aient "traversé toute l'Afrique" sans avoir envie de faire avancer les choses. "Je pense qu'ils ont tous les deux envie de trouver un compromis", a estimé cette source, sous couvert de l'anonymat. De son côté, l'Union européenne a condamné hier les violences et les violations des droits de l'Homme à Madagascar, tout en exprimant “sa préoccupation” pour la détérioration de la situation dans ce pays et en suggérant “l'instauration d'un gouvernement de réconciliation nationale”. L’UE a également “condamné les attaques perpétrées de manière délibérée contre le bon fonctionnement de l'économie de tout le pays et contre la libre circulation des marchandises et des personnes”. Les Quinze demandent “que les conditions pour la reprise immédiate des activités économiques et sociales soient rétablies” et “suggèrent l'instauration d'un gouvernement de réconciliation nationale qui aura pour objectif principal l'organisation d'un nouveau scrutin dans un délai de six mois”. L'UE se dit prête à soutenir politiquement et techniquement la tenue de ce nouveau scrutin, notamment “par l'envoi d'observateurs internationaux” et à continuer à appliquer les programmes d'assistance et de coopération. _____________________ LA COUR SUPRÊME ANNULE LES RÉSULTATS OFFICIELS DE LA PRÉSIDENTIELLE La Cour suprême de Madagascar a annulé la proclamation des résultats officiels du premier tour de la présidentielle du 16 décembre 2001. Ces résultats officiels, publiés par la Haute cour constitutionnelle (HCC), avaient placé Marc Ravalomanana en ballottage favorable face à Didier Ratsiraka, contraignant les deux hommes à un second tour. M. Ravalomanana avait rejeté ces résultats, considérant l'avoir emporté dès le premier tour. Dans un arrêt en interprétation rendu mardi, la chambre administrative de la Cour suprême a confirmé son arrêt du 10 avril qui annulait la composition de la HCC et “constate la nullité de l'arrêt du 25 janvier proclamant les résultats officiels du premier tour de l'élection présidentielle”. Pour éviter un vide juridique, elle remet en place l'ancienne HCC, nommée en partie sous le régime de M. Ratsiraka et en partie sous la présidence de son prédécesseur, Albert Zafy. De facto, le nouveau décompte des suffrages du premier tour ainsi que la proclamation des résultats officiels est confié aux neuf membres de cette ancienne HCC, estiment juristes et constitutionnalistes. “Dans la pratique, il revient aux anciens membres de la HCC de proclamer les résultats officiels du premier tour”, a expliqué Jean-Michel Rasolonjatovo, membre du Conseil supérieur de la magistrature. Parmi les neuf anciens membres de la HCC, cinq sont connus pour avoir été favorables à Ratsiraka. Les quatre autres sont considérés comme pro-Ravalomanana après avoir participé le 22 février, au sein d'un collège de hauts magistrats, à la cérémonie de son investiture. M. Ratsiraka avait renouvelé la composition de la HCC, seule habilitée à juger la régularité des scrutins et en proclamer les résultats, à quelques jours de l'ouverture de la campagne présidentielle. PAUL VERGÈS ET LA CRISE MALGACHE “Prendre position peut être dangereux pour nos compatriotes” Le président du conseil régional, Paul Vergès, s’est exprimé hier sur la crise à Madagascar. La Réunion ne doit pas, selon lui, prendre une quelconque position partisane à l’égard de l’un des deux protagonistes. Il en va de la sécurité des ressortissants réunionnais vivant dans la Grande Ile et de la place que la Réunion souhaite avoir sur l’échiquier politique de l’océan Indien. Paul Vergès a expliqué hier à l’hôtel de Région la politique qu’il entend suivre concernant la crise malgache et détaillé l’aide que la Réunion va apporter aux Comores, où il s’est rendu la semaine dernière. Le leader communiste s’est expliqué sur les nombreuses critiques qu’il reçoit depuis le début de la crise malgache. De nombreux Réunionnais s’interrogent en effet sur ses liens avec Ratsiraka et accusent le patron du conseil régional de soutenir tacitement l’“Amiral rouge”. En guise de réponse, M. Vergès a rappelé un dogme de la diplomatie française qui impose aux leaders politiques de s’interdire toute ingérence dans les affaires internes d’un État étranger. “Un principe est à la base de notre attitude : la non-ingérence dans les affaires intérieures d’un pays.” “LA CRÉDIBILITÉ DE LA RÉGION” Il a ensuite axé son discours sur la nécessité de trouver une solution rapide et politique au conflit actuel : “Tout doit être fait pour arrêter et non attiser le processus en prenant position pour l’un ou pour l’autre. Il faut favoriser le dialogue. Ceux qui somment la Région de choisir pensent-ils aux conséquences de leurs manifestations ? Il y a un réel danger de critiques réunionnaises vis-à-vis des Malgaches car cela met en danger les Réunionnais vivant sur le sol malgache. Nous devons faire preuve de sang-froid et de retenue. Le nationalisme malgache est tellement susceptible qu’il se fait une montagne de ces critiques”, a précisé Paul Vergès, en signalant que lorsque la Réunion avait proposé la tenue d’une conférence à Saint-Denis entre MM. Ratsiraka et Ravalomanana, les deux hommes avaient refusé. Pour l’heure, la priorité reste la mise en place d’une opération sanitaire d’urgence à Tananarive et l’absence de position du président de la Région afin de conserver “la crédibilité de la Réunion”. Concernant les Comores, M. Vergès a longuement détaillé les démarches que son équipe a entamées pour permettre aux îles de l’archipel de sortir d’une situation politique compliquée. “Le 14 avril est une date historique pour l’histoire des Comores. C’est la fin d’un processus où, pour la première fois, chaque île dispose de sa constitution.” Et de s’autoféliciter du rôle de la Réunion, notamment grâce à l’élaboration de la déclaration de Saint-Denis du 4 avril 2002. M. Vergès a ensuite expliqué qu’une mission d’une cinquantaine de médecins, composée d’infirmiers, de kinésithérapeutes, de dentistes, de chirurgiens, etc., partirait “sans doute en juillet”, pendant une semaine, afin d’apporter des soins aux populations comoriennes. Pana Reeve / Benjamin Hugodot
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