Situation à
Madagascar - Déclaration du porte-parole du Quai d'Orsay
(Paris, 28 juin 2002)
La France condamne
le recours à la violence et les actes de sabotage. Je vise en particulier
le sabotage d'un second pylône électrique approvisionnant
la capitale, ce qui fait que Tananarive se retrouve temporairement privée
d'électricité. Nous condamnons aussi, avec la plus grande
fermeté, les exactions qui sont commises actuellement dans la province
de Tamatave et autour de Diego Suarez.
Par qui ces exactions sont-elles commises ?
Je n'ai rien à ajouter à ma déclaration. Nous condamnons
toutes ces exactions.
Pourquoi la France est-elle la seule absente aux cérémonies
faites en faveur du nouveau président ?
Il y a eu un message du président, je vous le rappelle. De plus,
M. de Villepin a eu un entretien téléphonique avec Marc
Ravalomanana hier, en fin de matinée. Nous avons rappelé
l'engagement de la France, et nos objectifs.
Nous sommes aux côtés de ceux qui oeuvrent pour la construction
d'un gouvernement d'ouverture et de réconciliation nationale, avec
la perspective claire d'une consultation populaire. C'est notre priorité,
ce sont nos objectifs, qui sont d'ailleurs les mêmes que ceux de
l'Union européenne ou des Etats-Unis. Nos démarches ne sont
pas les mêmes, mais elles sont complémentaires.
La France juge-t-elle prématurée la reconnaissance par
l'ensemble des bailleurs de fonds, sauf la France, de M. Ravalomanana
élu démocratiquement avec 51 pour cent des voix ?
Je n'ai pas dit cela. J'ai dit que nos démarches sont complémentaires,
elles ne se confondent pas.
Pourquoi la France demande-t-elle de nouvelles élections alors
qu'elles ont eu lieu, le président élu a été
officiellement intronisé, les Etats-Unis l'ont reconnu et nous
sommes les seuls à dire qu'il faut d'autres élections avec
un gouvernement de réconciliation nationale ? Je ne comprends pas
pourquoi.
C'est tout simplement parce qu'il nous semble que la réconciliation
nationale est un élément important. C'est aussi ce qu'ont
pensé les Africains à Dakar.I, Dakar.II et à Addis
Abeba et c'est un point de vue auquel, en son principe, les deux parties
ont souscrit. Il n'y a donc pas de raison de penser que c'est inutile.
L'existence de liens anciens entre la France et M. Ratsiraka explique-t-elle
la prudence à l'égard de ce problème et le fait que
nous soyons plus prudents que nos partenaires, y compris au niveau financier,
politique et autre ? Cette prudence est-elle justifiée par une
meilleure analyse fondée sur des liens anciens ou sur une analyse
intéressée ?
Effectivement, nous avons des liens anciens avec Madagascar, nous avons
aussi des liens anciens avec l'ensemble de l'Afrique et nous sommes attentifs,
dans notre démarche, à ce que l'ensemble des éléments
de ce dossier soit pris en compte. C'est ce que nous répétons
lorsque nous parlons d'une solution pacifique, d'une solution africaine
et d'une solution politique.
Comment pouvez-vous continuer à parler de réconciliation
nationale alors que, dans le même temps, vous condamnez les exactions
commises par le camp de Ratsiraka ? On le soupçonne, sinon lui-même,
du moins son entourage, d'avoir affrété un avion dans une
aventure plutôt rocambolesque. On a l'impression que ce sont eux
qui attisent le feu et vous ne faites pas de distinction entre un président
élu et un président sortant ?
Nous avons un objectif clair, le retour à la paix, un principe
constant, une solution pacifique autour de la réconciliation nationale,
une priorité, l'appui aux solutions africaines. C'est de ces trois
éléments qu'il faut partir, et ces trois éléments
aboutissent très logiquement à la position qui est la notre.
Je crois qu'il n'y a pas de contradiction, c'est tout l'inverse : il y
a une suite très logique entre les bases de notre analyse et la
solution que nous soutenons.
J'ai bien compris cette position mais qu'est-ce qui vous empêche
de reconnaître M. Ravalomanana et d'appliquer tous les points que
vous venez d'exposer, notamment celui de la réconciliation nationale,
et de demander à un président que vous aviez reconnu, de
faire un gouvernement d'union nationale. Qu'est-ce qui vous empêche
de faire cela ?
Dakar-II prévoit que chacun doit faire un certain nombre de choses.
Un élément important c'est la demande à M. Ravalomanana
de former un gouvernement de réconciliation nationale.
Avons-nous la même position que l'OUA sur cette affaire ?
Nous ne sommes pas dans la même situation que l'OUA, donc notre
position ne peut pas être la même que celle de l'OUA, mais
nous appuyons leurs efforts.
La France souhaite-t-elle vraiment et uniquement que l'affaire soit
réglée entre Africains, sans ingérence extérieure,
y compris française ?
Nous appuyons la médiation africaine pour une solution déterminée
par les Africains eux-mêmes.
Pensez-vous que la meilleure solution pour une issue pacifique est
de ne pas prendre parti pour M. Ravalomanana ou pour M. Ratsiraka ?
Nous pensons certainement que notre position constitue une bonne approche
vers la réconciliation nationale et la paix à Madagascar.
Y a-t-il des ratsirakistes au gouvernement ?
M. de Villepin a dit hier à M. Ravalomanana que nous sommes aux
côtés de ceux qui oeuvrent pour la constitution d'un gouvernement
d'ouverture et de réconciliation nationale, c'est un élément
essentiel pour le processus de réconciliation, de même que
la perspective claire d'une consultation populaire. Dès lors que
le processus de réconciliation s'engage, la France agira en faveur
de Madagascar.
Le processus n'est donc pas encore engagé ?
Il me semble que, pour l'instant, ce processus n'est pas encore véritablement
engagé. Pour l'instant, la composition du gouvernement n'est pas
encore véritablement celle d'un gouvernement de réconciliation
nationale.
Message de Monsieur
le Président de la République française au peuple
malgache
A l'occasion de la
Fête nationale de Madagascar, j'ai le grand plaisir d'adresser au
peuple malgache, en mon nom personnel et au nom du peuple français,
mes sentiments de chaleureuse sympathie.
Dans l'épreuve difficile traversée depuis plusieurs mois
par votre pays, je veux assurer chacune et chacun d'entre vous de la solidarité
et de l'amitié de la France. Je suis convaincu que, seule, une
solution politique basée sur un dialogue constructif entre toutes
les parties, peut permettre de retrouver le chemin de l'unité,
de la paix et du développement.
En ce sens, le France, fidèle à sa relation d'amitié
envers Madagascar, n'a pas ménagé et ne ménagera
pas ses efforts dans l'avenir, pour soutenir les initiatives de l'OUA
afin que se dessine, à brève échéance, une
solution de sortie de crise acceptable par tous. Il est temps que chacun
retrouve la voie de l'apaisement. C'est à ce prix que la concorde
reviendra dans la Grande Ile.
Fort de cet espoir, et confiant dans la sagesse du peuple malgache, je
souhaite ardemment que les relations d'amitié et de coopération
qui ont toujours si heureusement existé entre nos deux pays, s'approfondissent
encore dans un avenir proche.
Entretien téléphonique
entre M. de Villepin et Marc Ravalomanana
Déclaration du porte-parole du Quai d'Orsay
(Paris, 27 juin 2002)
Le ministre a eu un entretien téléphonique avec Marc
Ravalomanana en fin de matinée.
Il lui a rappelé le sens de l'engagement de la France, qui s'inscrit,
depuis l'appel de Libreville, dans le cadre du processus de Dakar et de
la réunion de l'OUA à Addis Abeba, et qui repose sur trois
points :
- un objectif clair : le retour à la paix qu'attend la population
malgache,
- un principe constant : tout faire pour parvenir à une solution
politique autour de l'idée de réconciliation nationale,
- une priorité essentielle : l'appui à la médiation
africaine, c'est-à-dire une solution déterminée par
les Africains eux-mêmes.
Nous maintenons un contact étroit avec nos partenaires, à
commencer par l'Union européenne et les Etats-Unis ; avec tous,
nous partageons les mêmes objectifs et nos démarches sont
complémentaires.
Ces orientations nous commandent d'accompagner les efforts engagés
par toutes les parties pour parvenir à une solution politique.
Nous sommes donc aux côtés de ceux qui uvrent pour
la constitution d'un gouvernement d'ouverture et de réconciliation
nationale, et la perspective claire d'une consultation populaire.
La France veut prendre toute sa part pour aider Madagascar à sortir
de la crise. Dès lors que le processus de réconciliation
s'engage, la France débloquera les avoirs financiers officiels
de ce pays ainsi que le reste de son aide économique, et le ministre
se rendra à Madagascar.
Réponses du porte-parole adjoint aux questions du point de presse
(Paris, 26 juin 2002)
La France a-t-elle l'intention d'emboîter le pas des Etats-Unis
en reconnaissant à son tour le président élu de Madagascar
Marc Ravalomanana ?
Je vous rappelle que la France soutient les initiatives de l'OUA.
Dans le message qu'il a adressé aujourd'hui au peuple malgache,
le président de la République a notamment indiqué,
je cite : 'Je suis convaincu que, seule, une solution politique basée
sur un dialogue constructif entre toutes les parties, peut permettre de
retrouver le chemin de l'unité, de la paix et du développement.
En ce sens, la France, fidèle à sa relation d'amitié
envers Madagascar, n'a pas ménagé et ne ménagera
pas ses efforts dans l'avenir, pour soutenir les initiatives de l'OUA
afin que se dessine, à brève échéance, une
solution de sortie de crise acceptable par tous. Il est temps que chacun
retrouve la voie de l'apaisement. C'est à ce prix que la concorde
reviendra dans la Grande Ile.'
Je vous rappelle enfin que nous maintenons une concertation étroite
avec toutes les parties et avec tous nos partenaires, notamment américains,
sur cette question. A cet égard, M. de Villepin s'est entretenu
hier au téléphone avec M. Colin Powell avec lequel il a,
en particulier, évoqué ce dossier.
Pourquoi la France veut-elle encore s'accrocher à M. Didier Ratsiraka?
La France souhaite que le peuple malgache retrouve le chemin de la réconciliation
et elle soutient les efforts menés par l'OUA.
Pourquoi la France est-elle absente de la cérémonie commémorant
l'indépendance de Madagascar à Antananarivo alors que les
principaux bailleurs de fonds de Madagascar y sont représentés
par le numéro un de leur représentation diplomatique, à
l'exception de la France qui n'a aucun représentant ? Est-ce à
dire que la France reconnaît toujours le président Ratsiraka
?
De manière très solennelle, par le message qu'il lui a adressé
aujourd'hui à l'occasion de la Fête nationale de Madagascar,
le président de la République a marqué qu'il se tenait,
que la France se tenait, aux côtés du peuple malgache en
ce jour particulièrement important pour ce pays.
Madagascar: Réunion
de l'Organisation de l'Unité Africaine
Dernière mise à jour : 24/06/02
Déclaration du porte-parole adjoint du Quai d'Orsay
(Paris, 24 juin 2002)
a) Je vous rappelle
en premier lieu la déclaration faite par le porte-parole du Quai
d'Orsay le 22 juin dernier :
Début de citation :
'La France prend acte de la position arrêtée par l'OUA le
21 juin dans le cadre de la réunion de l'organe central. C'est
désormais sans délais que cet accord devra être mis
en oeuvre.
La France demande donc aux protagonistes malgaches de tout mettre en oeuvre
pour constituer sans préalable un gouvernement de réconciliation
nationale et pour préparer une consultation populaire avec l'aide
et sous le contrôle de la communauté internationale.
La France exprime sa forte inquiétude devant la détérioration
de la situation sur le terrain et dénonce les actes de sabotages
et toutes les exactions dont est victime la population civile. Elle condamne
toute tentative de recours à la force et d'appel à des mercenaires.
Elle ne saurait admettre, en aucune façon, que le territoire français
puisse être utilisé à cet effet.
Le ministre des Affaires étrangères reste en contact avec
nos partenaires, notamment africains, pour encourager les protagonistes
à donner suite aux efforts de médiation de l'OUA et des
Nations unies.' Fin de citation.
b) Aujourd'hui, pour
ma part, je souhaiterais réitérer que la France renouvelle
sa condamnation de toute violence et des exactions dont est victime la
population civile. Seule une solution politique est de nature à
répondre à la situation.
La France rappelle que son objectif prioritaire demeure le retour au calme
sur le terrain et que le moyen le plus efficace d'y parvenir passe par
la réconciliation nationale.
La France considère donc qu'il faut mettre en oeuvre sans délai
les dispositions arrêtées par l'organe central de l'OUA,
le 22 juin, et soutenir le Secrétaire général de
l'OUA et les chefs d'Etats facilitateurs qui ont été chargés
d'assister les deux parties à cet effet.
Dans ce contexte, la mise en place définitive, et sans préalable
du gouvernement de réconciliation nationale est la priorité.
Elle permettra en effet de lever les mesures de blocage des fonds et de
finaliser les projets de reconstruction dont le pays a tant besoin. L'organisation,
avec l'aide et sous le contrôle de la communauté internationale,
de la consultation électorale prévue par l'OUA pourra alors
se faire dans les meilleures conditions.
Dans l'immédiat, la France poursuivra, en la renforçant
si nécessaire, l'aide humanitaire au bénéfice du
peuple malgache.
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