Maintien des barrages antiéconomiques

Midi Madagasikara - allAfrica 24 Avril 2002

Val Andriamahaitsimiavona

La non application d'une convention, dûment signée, selon ses termes exacts, équivaut à une violation de ladite convention. L'article 5 de l'Accord de Dakar est stipulé ainsi : « MM. Didier Ratsiraka et Marc Ravalomanana s'engagent, dès la signature du présent accord, à faire respecter la liberté de circulation des biens et des personnes, l'arrêt immédiat de toutes les menaces et violences sur les personnes et les biens, le dynamitage des ponts, ainsi que la levée de tous les barrages sur toute l'étendue du territoire national". Normalement, cet accord ayant été signé le 18 avril dernier, tous les barrages sur tout le territoire national devraient être à cette heure-ci levés.

Conséquences de leur acte

Or, la réalité est tout autre. A Sambava, les partisans de l'Amiral jouent toujours à la chasse à l'homme, faisant ainsi fi des dispositions de cet article 5, notamment « l'arrêt immédiat de toutes les menaces et violences sur les personnes et les biens ». Les gouverneurs, emportés par leur sens de perdition, font de la résistance aveuglément, jouant sur des hypothèses qui n'ont pas été réglées noir sur blanc à Dakar. Se sont-ils rendus compte que la levée des barrages a été exigée par nos principaux bailleurs de fonds, notamment l'Union Européenne, la Banque Mondiale, l'AFD, le PNUD, les Etats-Unis, le Japon, et la Suisse, tous présents au siège de l'UE aux 67 ha pour soutenir une déclaration commune ? Se sont-ils rendus compte de l'ampleur des conséquences de leur acte vis-à-vis de la communauté internationale qui s'en tient à la stricte application des termes de l'Accord ? Personne n'ose pour le moment se hasarder à condamner directement Didier Ratsiraka, dans la mesure où ce sont les extrémistes de son camp qui occupent la façade. Mais si l'Amiral se tait et par là même continue à cautionner de tels agissements, il perdra sa notoriété vis-à-vis de l'OUA et de l'ONU.

In extenso

Pour le camp Ravalomanana, les barrages et les fouilles installés à travers la capitale et ses environs ont commencé à disparaître la nuit même de la signature de l'Accord. Pendant les jours qui suivaient, la libre circulation, la nuit, a été restaurée, sauf bien entendu au niveau des barrages routiers protégeant les zones de sécurité comme celle se trouvant à Faravohitra, au domicile du Président Marc Ravalomanana. Il a donc suffi à ce dernier de compter sur ses partisans et de leur faire confiance pour que l'Accord de Dakar soit respecté par ceux-ci. Ce n'est pas le cas dans le camp d'en-face où la panique s'installe terriblement. "Plus que de la résistance, c'est un baroud d'honneur, pour montrer leurs forces, qu'on ne les oublie pas dans l'éventualité d'un départ de M. Ratsiraka. Ils jouent avec le feu et cela peut être dangereux car la population est excédée par des mois de privations en raison des pénuries", a déclaré, à l'AFP, un observateur étranger proche des négociations, en parlant des « durs ratsirakistes ». Après l'Accord de Dakar, des politiciens « neutres » et des candidats à l'élection présidentielle du 16 décembre, sinon leurs représentants, se sont exprimés. Mais jusqu'ici, au lieu de condamner le non respect par le camp Ratsiraka des termes de l'Accord, risquant ainsi de devenir les complices des extrémistes, ils se contentent de signaler leur présence au cas où il y aurait Transition. Car, en Transition, dit-on, tous les vieux briscards de la politique pourront revenir. Et vont jusqu'à imaginer une interprétation in extenso des textes de Dakar, laquelle n'aurait pas été prévue par les signataires mêmes de l'Accord. Que ce soit du côté de Ratsiraka que de celui de Ravalomanana, la prudence vis-à-vis de l'application de cet Accord est de mise.