Le président sortant réclame un référendumLe Monde 28.04.2002 Le président sortant Didier Ratsiraka est rentré dimanche à Madagascar et a rejeté l'accord qu'il avait signé pour mettre fin à une crise politique majeure sur l'île, affirmant qu'il s'opposait désormais au nouveau décompte des bulletins de l'élection du 17 décembre. L'île de Madagascar est en pleine crise depuis le srutin présidentiel que Marc Ravalomanana, maire très populaire de la capitale Antananarive, affirme avoir remporté dès le premier tour, accusant de fraude son rival Ratsiraka. Mais les deux parties étaient pourtant arrivées à un accord au début du mois à Dakar pour permettre un nouveau décompte des voix qui déterminerait le vainqueur. L'accord prévoyait que si aucun des deux candidats ne remportait la majorité absolue, un référendum serait organisé dans un délai de six mois pour les départager. Les résultats du nouveau décompte des bulletins devraient être annoncés lundi, mais Ratsiraka, un ancien amiral qui règne sur l'île depuis plus de vingt ans, a déclaré dimanche qu'il voulait désormais passer directement au référendum. La Haute cour constitutionnelle (HCC), chargée du recomptage des voix, ne serait pas légalement habilitée à le faire, a estimé le président sortant. "Etant donné que le recomptage des voix par la HCC ne fait pas partie des prérogatives constitutionnelles de la Cour, la solution consiste à appliquer directement le plan stipulé dans l'accord de Dakar pour donner au peuple l'occasion de s'exprimer en organisant un référendum", a-t-il déclaré au cours d'une conférence de presse tenue depuis son bastion de Toamasina. Cinq des six gouverneurs de province, demeurés loyaux à Ratsiraka, avaient par ailleurs annoncé samedi leur intention de faire sécession si Ravalomanana était déclaré vainqueur lundi, affirmant que la HCC lui était d'emblée favorable. LES BARRICADES RESTENT EN PLACE Mais dimanche, leur menace paraissait plus confuse. L'un d'eux a évoqué une fédération regroupant six Etats indépendants, dont celui d'Antananarivo contrôlé par Ravalomanana, tandis qu'un autre préférait une fédération de quatre Etats, les deux autres restant indépendants. Selon l'accord de Dakar, les partisans de Ratsiraka auraient dû immédiatement lever les barrages entourant la capitale, lesquels ont paralysé l'économie locale en privant Antananarivo de produits essentiels. La plupart des barricades sont pourtant restées en place, mais Ratsiraka, revenu chez lui pour la première fois depuis la rencontre de Dakar, a affirmé qu'il n'était pas responsable du maintien du blocus. "Je ne suis pas responsable de ces barrages, mais il me paraît évident qu'ils disparaîtront d'eux-mêmes, selon moi, dès que Ravalomanana et ses alliés politiques seront rentrés dans la légalité", a estimé le président sortant. Soutenu par une partie de l'armée, Ratsiraka s'était proclamé président le 22 février, plaçant ses hommes à la tête de différentes provinces de Madagascar. Mais si le millionnaire autodidacte est bien implanté dans la province d'Antananarivo, son influence dans le reste du pays est moins évidente. Les ministres des
Affaires étrangères du Sénégal, du Mozambique,
du Gabon et du Bénin sont attendus lundi dans la capitale pour
contrôler l'application de l'accord de Dakar. |