L'application de
l'accord de Dakar désormais incertaine
AOL 28.04.2002
Par Emmanuel GIROUD
et Christian CHADEFAUX
L'application de l'accord
de réconciliation signé à Dakar le 18 avril entre
le président sortant Didier Ratsiraka et son rival le "président
autoproclamé" Marc Ravalomanana, parait incertaine, M. Ratsiraka
ayant récusé dimanche par avance les résultats du
nouveau décompte des votes du premier tour de la présidentielle,
attendus lundi.
Toutefois, le président sortant ne remet pas en cause l'accord
lui-même, mais en livre sa propre lecture.
Les partisans de M. Ratsiraka sont persuadés que la Haute cour
constitutionnelle (HCC) va proclamer lundi M. Ravalomanana élu
au premier tour de la présidentielle, qui a eu lieu le 16 décembre.
Les pro-Ratsiraka, qui ont déjà refusé de mettre
en application l'une des clauses principales de l'accord, la levée
de leur blocus de la capitale, ont menacé vendredi de proclamer
l'indépendance d'au moins deux des six provinces du pays si M.
Ravalomanana était proclamé président.
"Je ne reconnais pas cette HCC, c'est la HCC invalidée que
je reconnais", a déclaré M. Ratsiraka à son
arrivée dimanche matin à l'aéroport de Toamasina,
l'ex-Tamatava, son fief de la côte est, à son retour d'un
voyage privé de près de 10 jours en France.
"Les résultats de lundi sont par avance nuls et non avenus",
a confirmé à l'AFP le directeur général de
la présidence, Gérard Andrialemirovason.
La HCC avait proclamé les résultats officiels le 25 janvier.
M. Ravalomanana, pourtant en ballottage favorable, a estimé qu'il
avait été élu au premier tour, accusant son rival
d'avoir truqué les élections, et s'est autoproclamé
"président de Madagascar" le 22 février.
Le 10 avril, la Cour suprême a invalidé la composition de
la HCC, composée de juges fidèles à M. Ratsiraka,
et, dans un arrêt en date du 16 avril, a confié le nouveau
décompte des voix à la composition antérieure de
la HCC, plutôt favorable à M. Ravalomanana bien que ce dernier
n'ait en aucune manière participé à sa désignation.
Les neuf membres de la "nouvelle ancienne" Haute Cour avaient
été nommés pour la plupart d'entre eux sous le régime
de M. Ratsiraka, les autres sous celui de son prédécesseur,
Albert Zafy.
M. Ratsiraka, en refusant de reconnaître la légalité
de cette "nouvelle" HCC, dont ses partisans soulignent que quatre
membres ont participé à "l'autoproclamation" de
M. Ravalomanana, va à l'encontre de l'accord. Le texte prévoit
en effet un "nouveau décompte contradictoire des voix"
en se référant spécifiquement à "l'arrêt
du 16 avril de la Cour suprême".
"Pour moi, si l'on veut une réconciliation nationale, dans
le cadre du référendum à venir, il faut laisser le
peuple faire son choix à la Malgache", a déclaré
M. Ratsiraka dimanche.
Le référendum qu'il réclame est bien prévu
par l'accord de Dakar, mais seulement dans l'hypothèse où
les résultats du décompte de la HCC ne donnent pas la majorité
absolue au premier tour à l'un des deux rivaux. L'accord prévoit
alors un gouvernement de transition, formé à parité
par les deux camps, pour organiser dans les six mois un référendum
devant départager les deux candidats.
M. Ratsiraka semble se baser sur un accord verbal et secret, conclu à
Dakar par les deux rivaux en marge de l'accord officiel, et prévoyant
que la HCC ne les départage pas, pour ouvrir la voie à la
transition et au référendum. Cet accord verbal existe bien,
ont confirmé à l'AFP des sources concordantes dans les deux
camps et des experts étrangers proches des négociations.
Ce pourrait être en référence à cet accord
secret que les partisans de M. Ratsiraka ont refusé de lever les
barrages si le "gouvernement" de M. Ravalomanana, conduit par
le "Premier ministre" Jacques Sylla, n'était pas dissous.
Cette obligation ne figure pas dans l'accord signé à Dakar.
"Le premier des barrages, c'est le gouvernement Sylla", a déclaré
M. Ratsiraka. "Il dit que la dissolution du gouvernement Sylla coulait
de source dans l'accord", a assuré à l'AFP un proche
conseiller du président.
"La question est: pourquoi a-t-il signé à Dakar, pourquoi
n'a-t-il pas inclue la dissolution automatique du gouvernement Sylla,
pourquoi a-t-il accepté le nouveau décompte par nouvelle-ancienne
HCC", s'interroge l'un des experts étrangers, ajoutant : "M.
Ratsiraka, en invoquant des clauses non écrites pour contredire
des clauses écrites, risque d'être considéré
par la communauté internationale comme ayant renié sa signature".
"Pas du tout", rétorque le conseiller de M. Ratsiraka:
"Il considère qu'il ne respectera l'accord que si l'autre
partie le respecte, en particulier concernant le gouvernement Sylla".
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