Ratsiraka conteste l'application de l'accord de réconciliation

ANTANANARIVO (AFP 28.04.2002) - L'application de l'accord de réconciliation signé à Dakar le 18 avril entre le président sortant Didier Ratsiraka et son rival le "président autoproclamé" Marc Ravalomanana, parait incertaine, M. Ratsiraka ayant récusé dimanche par avance les résultats du nouveau décompte des votes du premier tour de la présidentielle, attendus lundi.

Toutefois, le président sortant ne remet pas en cause l'accord lui-même, mais en livre sa propre lecture.

Les partisans de M. Ratsiraka sont persuadés que la Haute cour constitutionnelle (HCC) va proclamer lundi M. Ravalomanana élu au premier tour de la présidentielle, qui a eu lieu le 16 décembre.

Les pro-Ratsiraka, qui ont déjà refusé de mettre en application l'une des clauses principales de l'accord, la levée de leur blocus de la capitale, ont menacé vendredi de proclamer l'indépendance d'au moins deux des six provinces du pays si M. Ravalomanana était proclamé président.

"Je ne reconnais pas cette HCC, c'est la HCC invalidée que je reconnais", a déclaré M. Ratsiraka à son arrivée dimanche matin à l'aéroport de Toamasina, l'ex-Tamatava, son fief de la côte est, à son retour d'un voyage privé de près de 10 jours en France.

"Les résultats de lundi sont par avance nuls et non avenus", a confirmé à l'AFP le directeur général de la présidence, Gérard Andrialemirovason.

La HCC avait proclamé les résultats officiels le 25 janvier. M. Ravalomanana, pourtant en ballottage favorable, a estimé qu'il avait été élu au premier tour, accusant son rival d'avoir truqué les élections, et s'est autoproclamé "président de Madagascar" le 22 février.

Le 10 avril, la Cour suprême a invalidé la composition de la HCC, composée de juges fidèles à M. Ratsiraka, et, dans un arrêt en date du 16 avril, a confié le nouveau décompte des voix à la composition antérieure de la HCC, plutôt favorable à M. Ravalomanana bien que ce dernier n'ait en aucune manière participé à sa désignation.

Les neuf membres de la "nouvelle ancienne" Haute Cour avaient été nommés pour la plupart d'entre eux sous le régime de M. Ratsiraka, les autres sous celui de son prédécesseur, Albert Zafy.

M. Ratsiraka, en refusant de reconnaître la légalité de cette "nouvelle" HCC, dont ses partisans soulignent que quatre membres ont participé à "l'autoproclamation" de M. Ravalomanana, va à l'encontre de l'accord. Le texte prévoit en effet un "nouveau décompte contradictoire des voix" en se référant spécifiquement à "l'arrêt du 16 avril de la Cour suprême".

"Pour moi, si l'on veut une réconciliation nationale, dans le cadre du référendum à venir, il faut laisser le peuple faire son choix à la Malgache", a déclaré M. Ratsiraka dimanche.

Le référendum qu'il réclame est bien prévu par l'accord de Dakar, mais seulement dans l'hypothèse où les résultats du décompte de la HCC ne donnent pas la majorité absolue au premier tour à l'un des deux rivaux. L'accord prévoit alors un gouvernement de transition, formé à parité par les deux camps, pour organiser dans les six mois un référendum devant départager les deux candidats.

M. Ratsiraka semble se baser sur un accord verbal et secret, conclu à Dakar par les deux rivaux en marge de l'accord officiel, et prévoyant que la HCC ne les départage pas, pour ouvrir la voie à la transition et au référendum. Cet accord verbal existe bien, ont confirmé à l'AFP des sources concordantes dans les deux camps et des experts étrangers proches des négociations.

Ce pourrait être en référence à cet accord secret que les partisans de M. Ratsiraka ont refusé de lever les barrages si le "gouvernement" de M. Ravalomanana, conduit par le "Premier ministre" Jacques Sylla, n'était pas dissous. Cette obligation ne figure pas dans l'accord signé à Dakar.

"Le premier des barrages, c'est le gouvernement Sylla", a déclaré M. Ratsiraka. "Il dit que la dissolution du gouvernement Sylla coulait de source dans l'accord", a assuré à l'AFP un proche conseiller du président.

"La question est: pourquoi a-t-il signé à Dakar, pourquoi n'a-t-il pas inclue la dissolution automatique du gouvernement Sylla, pourquoi a-t-il accepté le nouveau décompte par nouvelle-ancienne HCC", s'interroge l'un des experts étrangers, ajoutant : "M. Ratsiraka, en invoquant des clauses non écrites pour contredire des clauses écrites, risque d'être considéré par la communauté internationale comme ayant renié sa signature".

"Pas du tout", rétorque le conseiller de M. Ratsiraka: "Il considère qu'il ne respectera l'accord que si l'autre partie le respecte, en particulier concernant le gouvernement Sylla".