Madagascar, menacé de partition et de violences, attend Ratsiraka

ANTANANARIVO (AFP 27.04.2002) - Les Malgaches attendaient samedi avec anxiété le retour de France du président sortant Didier Ratsiraka, prévu dimanche matin, afin de l'entendre donner tort ou raison à ses partisans qui menacent le pays de partition et de guerre civile si son rival, Marc Ravalomanana, est proclamé président lundi.

"M. Ratsiraka a été sans doute un peu gêné par les déclarations belliqueuses des gouverneurs, en particulier sur les menaces de déclaration d'indépendance des provinces, mais cela a eu le mérite au moins de calmer le jeu dans le camp de M. Ravalomanana, qui doit s'interroger sur les risques de le déclarer président lundi", juge un proche conseiller du président sortant.

Le camp Ratsiraka estime que la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), qui doit annoncer lundi sa nouvelle version des résultats du premier tour de la présidentielle du 16 décembre dernier, n'est pas légale. Quatre de ses membres, soit la majorité, ont participé à "l'autoproclamation" de M. Ravalomanana le 22 février, rappelle-t-il.

Les "ratsirakistes" sont persuadés que la HCC va proclamer M. Ravalomanana élu dès le premier tour. Ils menacent donc, depuis jeudi, de maintenir le blocus économique de la capitale et des hauts plateaux, fiefs des pro-Ravalomanana, et de proclamer l'indépendance d'au moins deux des six provinces du pays.

L'accord signé à Dakar le 18 avril par MM. Ravalomanana et Ratsiraka et contresigné par les chefs d'Etat de quatre pays africains médiateurs, l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) et l'ONU, imposait dès sa signature la levée des barrages routiers érigés il y a plus de deux mois par les "ratsirakistes" pour asphyxier la capitale.

L'accord de Dakar prévoit également que si la HCC ne peut pas départager les deux candidats, et seulement dans ce cas, un gouvernement de transition formé à parité par les deux camps sera mis en place, avec pour tâche principale d'organiser un référendum pour départager les deux rivaux.

Mais derrière la "lettre" de l'accord de Dakar, il y a "l'esprit". Des sources proches des négociations, dans chaque camp et dans les chancelleries, sont formelles: un accord secret, non écrit, a été conclu sous la pression des médiateurs africains, selon lequel la HCC ne proclamera pas de gagnant, et ouvrira la voie à un gouvernement de transition.

Certaines sources concordantes parlent même d'un "retrait" de M. Ratsiraka avant le référendum.

Or, les "durs" du camp Ravalomanana, encouragés par le refus de leurs rivaux de lever les barrages et par l'intensification des violences anti-Ravalomanana en province, poussent la HCC à rompre l'"esprit de Dakar", s'inquiètent nombre d'observateurs étrangers proches des négociations.

Un des proches collaborateurs de M. Ravalomanana a confirmé ce scénario à l'AFP, assurant qu'il était catastrophé à l'idée d'être proclamé lundi, et de renier ainsi son engagement verbal.

Les Malgaches, soulagés dans leur grande majorité lors de la signature de l'accord de Dakar, voient le spectre de la guerre civile se profiler de nouveau.

Les médias pro-Ravalomanana ont multiplié depuis vendredi les appels à la vigilance, laissant entendre que des "tentatives de déstabilisation" de la part du camp Ratsiraka seraient à redouter durant le week-end.

"L'insistance de tous, dans les deux camps, à assurer que la HCC proclamera Ravalomanana président, me laisse raisonnablement espérer qu'il ne s'agit que d'un leurre pour donner à la population un nouveau sentiment de soulagement quand finalement la commission annoncera qu'elle ne peut départager les deux rivaux", analyse un expert étranger, plus optimiste que la majorité de ses pairs.

Dans l'attente du "verdict" de lundi, les regards sont braqués sur l'aéroport de Toamasina, le fief de M. Ratsiraka sur la côte est, où l'"amiral" est attendu dimanche matin. Les autorités de la ville n'ont pas lésiné sur les moyens pour lui préparer un accueil triomphal, battant le rappel dans les rues et organisant des transports en autobus.