Espoir malgacheLe Monde éditorial Le Monde, 20.04.2002 LE PROCESSUS qui conduisait, lentement mais sûrement, Madagascar vers l'anarchie a été interrompu par un accord de compromis conclu, jeudi 18 avril à Dakar, entre les deux hommes qui se disputent la présidence de la Grande Ile. Grâce à la médiation du président sénégalais, Abdoulaye Wade, de conserve avec le secrétaire général de l'Organisation de l'unité africaine, Amara Essy, le "président" autoproclamé, Marc Ravalomanana, et le chef de l'Etat sortant, l'amiral Didier Ratsiraka, se sont entendus sur un processus de sortie de la crise politico-constitutionnelle qui les opposait. L'autorité du président Wade, symbole - rare, il est vrai - du bon fonctionnement de la démocratie en Afrique, et respecté par les deux rivaux, a été déterminante, après des mois d'affrontements depuis la proclamation des résultats contestés de la présidentielle de décembre 2001. MM. Ratsiraka et Ravalomanana ont accepté un nouveau décompte "contradictoire" des suffrages. Il devrait dire si, comme l'affirme le maire de Tananarive, l'opposition l'avait emporté dès le premier tour, ou bien si, comme le prétend le président sortant, il y avait eu ballottage. Dans ce cas, des institutions "de transition" prépareront un référendum, qui départagera les deux hommes. Reste à savoir si les rancurs et les méfiances accumulées permettront à ce processus de se dérouler sans heurts. Il y va de l'avenir de Madagascar que soit mis un terme au dangereux glissement vers une guerre civile. Déjà en crise économique, cette île de 15 millions d'habitants, grande comme la France et située au large de l'Afrique de l'Est, ne peut se payer le luxe d'une crise politique. Ni l'instinct de survie d'un président usé par vingt-deux ans de pouvoir - entrecoupés par une alternance démocratique de 1992 à 1997 - ni les ambitions d'un politicien aux dents longues, même soutenu par les églises, ne sauraient le justifier. On peut se demander si, comme l'a souhaité le secrétaire général de l'OUA, cet accord sera appliqué de bonne foi. D'autant qu'il reste flou sur certains points, en particulier sur la méthode pour décompter de nouveau les voix du premier tour et sur la date de la mise en place des institutions intérimaires. Et que, derrière une apparence d'équilibre entre les deux candidats, il semble plus favorable à M. Ravalomanana, qui tient Tananarive et qui est le favori des milieux d'affaires. En effet, en acceptant de lever les barrages routiers qui asphyxiaient la capitale et qui "clochardisaient" le pays, M. Ratsiraka abandonne la dernière arme dont il dispose pour s'accrocher à la présidence. Il faut espérer que la raison prévaudra, que le vieux président saura céder élégamment la place si - comme on peut le penser - son rival l'emporte. Et que celui-ci saura se départir d'une intransigeance passée. Les Malgaches ont avant tout besoin que leurs dirigeants se préoccupent de leur sort et remettent sur pied l'économie. Ils ne peuvent se permettre une exacerbation des clivages géographiques et ethniques. |