La crainte dune «France xénophobe»RFI 24.03.2002 Lélection présidentielle en France a créé un grand choc dans lopinion publique française en qualifiant pour le second tour le candidat de lextrême-droite, Jean-Marie Le Pen. Il sera opposé au président sortant et candidat de la droite classique, Jacques Chirac. Autant que les Européens les Africains sont aussi surpris de la présence du candidat du Front national et sinquiètent de ce nouveau visage de la France. Les réactions en Afrique ont été aussi spontanées que celles des Français descendus dans les rues dans les grandes villes pour «défendre la démocratie et faire barrage à lextrême-droite». Même si les réactions nont pas pris la forme de communiqués officiels, elles sont très fortes dans toutes les presses nationales. Elles reflètent généralement lopinion des hommes politiques, mais qui sont restés pour la plupart muets sur la question. Il faut dire quil y a une certaine gêne de remarquer que certaines thèses développées par les partis et certains leaders africains nont rien à envier au discours du Front national. Le populisme et «lethnicisme» qui sont à la frontière de la xénophobie ont récemment marqué la vie politique de nombre dEtats africains. La Côte dIvoire à travers «livoirité» en a été un exemple fort. Les Burkinabés qui en ont été les premières victimes nont pas manqué de faire un parallèle avec ce qui vient de se passer en France. Plusieurs journaux ont qualifié les résultats du premier tour de lélection présidentielle en France de «catastrophe pour lAfrique». La France qui reste un modèle de démocratie et qui est aussi le chantre des droits de lHomme, risque de conforter certains «extrémismes» en Afrique, en portant Le Pen au second de lélection présidentielle. Le président de lassociation de solidarité «Génération» en Côte-dIvoire, Paul Arnaud craint que cette dérive ne soit davantage banalisée mais croit par ailleurs que ce «séisme» en France est plutôt un coup de fouet salutaire. Larroseur arrosé Cette approche « délectrochoc » est partagée par Abdel Kader Kamougué, président de lUnion pour le renouveau et la démocratie et ancien président de lAssemblée nationale tchadienne, qui croit en un sursaut du peuple français qui reste «vraiment attaché aux valeurs démocratiques qui sont aux antipodes des thèses du Front national». Selon lui, la probabilité de voir Jean-Marie Le Pen à lElysée est «infime». En revanche, à ses yeux «limage de la France en prend un coup». Au Sénégal, cest dans la presse quon trouve les réactions de surprise. «Le Soleil», journal proche du gouvernement, se demande si «les Français sont devenus fous». Mais cet étonnement cède rapidement la place à un sentiment largement répandu dans la population qui samuse de voir que «la nation prompte à sériger en donneuse de leçon est tombée du haut de son piédestal». Mais au delà de ses réflexions qui renvoient au jeu de larroseur arrosé, cest plus généralement la banalisation dun certains discours de lintolérance, du rejet de létranger qui se répand en Europe qui inquiète les Africains. La montée de lextrême-droite en Europe qui devient une force alternative dans les pays occidentaux inquiètent les Africains en même temps quils constatent avec beaucoup dironie que sur le terrain «du tribalisme» ils ne sont plus un exemple isolé. DIDIER SAMSON 23/04/2002 |