Madagascar: le camp Ravalomanana gèle son activitéRFI - mardi 23 avril 2002 Le gouvernement du "président autoproclamé" de Madagascar, Marc Ravalomanana, a décidé mardi de se contenter d'expédier les affaires courantes jusqu'à la proclamation des résultats officiels de la présidentielle, face au refus des partisans du président sortant Didier Ratsiraka de lever le blocus d'Antananarivo. Lundi soir, les gouverneurs des cinq provinces, fidèles à M. Ratsiraka, ont annoncé qu'ils ne lèveraient pas les barrages qui asphyxient la capitale et les hauts plateaux, fiefs des pro-Ravalomanana, tant que le "gouvernement" de M. Ravalomanana ne serait pas démis. Leur décision viole l'accord Ratsiraka-Ravalomanana signé le 18 avril à de Dakar, qui prévoyait la levée des barrages "dès la signature". "Nous devons éviter les provocations, respecter l'accord à la lettre et faire preuve de sagesse, rester à une forme de statu quo jusqu'aux résultats officiels de la présidentielle", a déclaré M. Ravalomanana à l'AFP, en insistant toutefois sur la nécessité de "lever immédiatement les barrages". "Nous ne prendrons plus d'actes importants jusqu'aux résultats, nous allons nous cantonner à l'expédition des affaires courantes", a déclaré à l'AFP un proche conseiller de Jacques Sylla, le "Premier ministre" de M. Ravalomanana. Par exemple, le camp Ravalomanana ne cherchera pas à installer ses hauts fonctionnaires à la place des gouverneurs "ratsirakistes" encore en place dans trois provinces sur cinq. L'accord de Dakar prévoit un nouveau décompte des résultats du premier tour de la présidentielle du 16 décembre dernier. Si aucun des deux candidats n'a obtenu la majorité absolue, le texte prévoit un gouvernement de transition composé par les deux camps à parité, et dont la principale tâche sera d'organiser un référendum pour départager les deux rivaux. La Haute Cour Constitutionnelle (HCC) a entamé le nouveau décompte des suffrages le 17 avril. "Nous estimons qu'il sera difficile, voire impossible, d'organiser un nouveau décompte (...) quatre mois après la clôture effective des opérations de vote", ont commenté les gouverneurs fidèles au président sortant. Les gouverneurs "ratsirakistes" violent la lettre de l'accord de Dakar en refusant de lever le blocus de la capitale, mais ils en appellent à l'esprit du texte pour justifier leur décision: le gouvernement Sylla et les deux "gouverneurs-bis" pro-Ravalomanana sont "illégaux", et doivent être démis pour que l'accord soit mis en oeuvre, insistent-ils. Les avis divergent quant à l'origine de la décision des gouverneurs, mais experts internationaux et "modérés" du camp Ratsiraka la jugent dangereuse et de nature à remettre gravement en cause l'accord de Dakar. Pour les uns, M. Ratsiraka, en visite privée en France, a inspiré cette décision pour maintenir la pression sur son adversaire jusqu'à son retour au pays, prévu le week-end prochain. Pour les autres, les "jusqu'au-boutistes" du camp Ratsiraka "font de la résistance". Ils estiment avoir été "trahis" par leur chef à Dakar, et ont tout à redouter d'un accord qui risque fort de déboucher sur une "sortie honorable" de l'amiral Ratsiraka, selon leur propre analyse. "J'espère que Didier Ratsiraka est au courant de la décision des gouverneurs, car si ce n'est pas le cas, c'est très dangereux, parce que cela veut dire qu'il ne contrôle plus ses troupes", a dit à l'AFP l'un des plus proches lieutenants du président sortant. Vendredi, M. Sylla avait donné "quelques jours" au camp Ratsiraka pour lever les barrages, faute de quoi il considérerait l'accord comme "caduc". Il a assoupli sa position mardi. "Nous allons essayer d'éviter le moindre geste qui pourrait être perçu comme une provocation et risquerait de retarder l'application de l'accord", a expliqué à l'AFP un conseiller de M. Sylla. Les "jusqu'au-boutistes" ne se comptent pas seulement parmi les gouverneurs, mais aussi chez des ministres de M. Ratsiraka et des membres de sa famille -on cite en particulier sa fille Sophie- qui ont tout à perdre si M. Ravalomanana l'emporte, jugent unanimement observateurs étrangers et journalistes malgaches indépendants. "Ils jouent avec le feu, et cela peut être dangereux quand la population est excédée par des mois de privations en raison des pénuries", avertit un diplomate. |