Les "ratsirakistes" durs résistent à l'accord de Dakar

Yahoo.fr 23.04.2002

ANTANANARIVO (AFP) - Les extrémistes du camp du président sortant de Madagascar, Didier Ratsiraka, organisent par la voix des gouverneurs des provinces la "résistance" à l'accord de réconciliation signé par leur chef le 18 avril à Dakar avec le "président" autoproclamé Marc Ravalomanana.

En refusant lundi soir de lever les barrages qui asphyxient la capitale et les hauts plateaux, fiefs des pro-Ravalomanana, les "durs" du régime Ratsiraka remettent gravement en question l'accord de Dakar, estime-t-on dans les milieux diplomatiques et parmi les "ratsirakistes" modérés.

"J'espère que Didier Ratsiraka est au courant de la décision des gouverneurs, car si ce n'est pas le cas, c'est très très dangereux parce que cela veut dire qu'il ne contrôle plus ses troupes", a dit l'un des plus proches lieutenants du président sortant. Plusieurs lieutenants du président sortant ont répété ces derniers jours à l'AFP qu'ils s'étaient sentis "trahis" par leur chef à Dakar.

Les gouverneurs des cinq provinces autonomes de Madagascar ont annoncé lundi soir qu'ils ne lèveraient pas les barrages tant que le "gouvernement" de M. Ravalomanana restait en place.

Or l'accord de Dakar imposait leur levée dès la signature, le 18 avril. Le lendemain, le "Premier ministre" de M. Ravalomanana avait donné "quelques jours" à M. Ratsiraka pour s'exécuter, faute de quoi il considérerait l'accord "caduc".

"Parmi les gouverneurs, il y a au moins deux jusqu'auboutistes", assure un expert étranger. "Il y a des extrémistes qui organisent la résistance à l'accord", analyse un diplomate. Pas seulement des gouverneurs, mais aussi des ministres de Ratsiraka et des membres de sa famille -on cite en particulier sa fille Sophie -, qui ont tout à perdre si M. Ravalomanana l'emporte, jugent unanimement observateurs étrangers et journalistes malgaches indépendants.

"Plus que de la résistance, c'est un baroud d'honneur, pour montrer leurs forces, qu'on ne les oublie pas dans l'éventualité d'un départ de M. Ratsiraka", estime un autre observateur étranger proche des négociations. "Ils jouent avec le feu et cela peut être dangeraux quand la population est excédée par des mois de privations en raison des pénuries", avertit le diplomate.

Durant le week-end, le gouverneur de Mahajanga avait fait lever le barrage principal sur la route qui mène à Antananarivo, pour se conformer à l'accord. Mais sur intervention de ses pairs et d'"autres personnalités", il l'a fait remettre en place lundi, a-t-on appris de sources concordantes.

Le mutisme, voulu ou non, du président sortant, cinq jours après la signature de l'accord, favorise la libre interprétation d'un accord flou à certains égards mais clair au moins sur un point: le gouvernement de transition, qui doit être composé par les deux camps, ne verra le jour que si les résultats officiels du premier tour de la présidentielle du 16 décembre 2001, dont un nouveau décompte est en cours, ne donnent pas la majorité absolue à l'un des deux rivaux.

Le gouvernement de transition aurait alors pour tâche principale d'organiser un référendum pour départager les deux candidats.