Les barrages ne sont toujours pas levés

Le nouveau décompte des voix a commencé

clicanoo 23.04.2002

La Haute cour constitutionnelle, dans sa nouvelle composition, a commencé à recompter les résultats de la présidentielle.

C’est une première étape importante, mais quatre jours après la signature de l’accord de Dakar, le camp Ratsiraka maintient les barrages qu’il a érigés sur les routes menant à Antananarivo.

La nouvelle HCC a été rétablie dans la composition qui était la sienne avant les modifications apportées par M. Ratsiraka peu avant le premier tour de la présidentielle, et à la suite desquelles l’ensemble de son effectif était favorable au camp du président sortant, ont expliqué ses membres hier à Antananarivo.

La “nouvelle” Commission remplira sa mission bien que son effectif ait déjà été réduit à six membres sur neuf, soit au minimum du quorum requis, a affirmé Dieudonné Rakotondrabao, l’un des hauts conseillers. Elle est privée de son président lui-même, Victor Boto, qui a démissionné le 17 avril “pour raisons de santé”, et par l’absence à la conférence de presse de deux autres membres, dont Thomas Indrianjafy proclamé président de cette institution, remaniée par Ratsiraka peu avant le début de la campagne présidentielle. Sur les six membres restants, quatre avaient participé à l’investiture de M. Ravalomanana le 22 février.

DÉCLARATION DE PATRIMOINE

Les analystes de la vie politique malgache ont avancé que le manque de confiance envers ses membres étaient l’une des raisons fondamentales qui a poussé Didier Ratsiraka à remanier la composition de la HCC dirigée par Victor Boto. Ce dernier n’a pas su empêcher la presse internationale de mettre la main sur les dossiers de déclaration de patrimoine de chaque candidat dont celui de Didier Ratsiraka. La fortune - du moins la partie émergente de l’iceberg - de l’Amiral a été étalée au grand jour dans certains journaux de la région. Pour ne pas avoir su garder le dossier que l’Amiral a estimé “confidentiel”, Victor Boto a été “sanctionné” par Ratsiraka qui l’a remplacé au poste de président par un autre magistrat Georges Thomas Indrianjafy. À une certaine époque de la Révolution socialiste le Camarade Indrianjafy a été trésorier du parti présidentiel Arema.

La HCC présidée par M. Indrianjafy et composée de ratsirakistes à 100% a prêté serment devant le candidat Ratsiraka quelques jours avant le coup d’envoi de la campagne présidentielle de décembre 2001. Le siège de cette HCC a été transférée par le gouvernement de Ratsiraka dans un hôtel à Mantasoa où les résultats du premier tour ont été proclamés. La chambre administrative de la Cour suprême malgache a annulé le décret de nomination de plusieurs membres de cette HCC ratsirakiste ainsi que tous les actes judiciaires qui lui émane dont la proclamation des résultats du scrutin du 16 décembre. Le vote proprement dit n’a pas fait l’objet d’une annulation par la Cour suprême car le dépôt de candidadutre et la convocation des électeurs ont été éffectués sous l’empire de l’ancienne HCC dirigée par Victor Boto, c’est-à-dire avant que celle-ci ne soit remaniée.

THÉORIQUEMENT FAVORABLE

La HCC réduite à six membres est désormais théoriquement favorable à M. Ravalomanana, bien que son camp n’ait participé à la nomination d’aucun de ses membres. La cour a décidé qu’elle serait habilitée à valider les résultats du premier tour et donc à les proclamer officiellement, même si elle perdait encore des membres, par démission ou empêchement, a expliqué M. Rakotondrabao.

En vertu d’une décision récente de la Cour suprême de Madagascar et de l’accord de Dakar, la HCC doit effectuer le décompte “contradictoire” des suffrages et prononcer les résultats. Un autre membre de la HCC, Florent Rakotoarisoa a déclaré que la proclamation des résultats était “une question de semaines et pas de mois”.

Il faut également savoir qu’à part le décompte des résultats, la HCC devrait statuer sur la requête demandant la confrontation contradictoires des résultats et la requête relative à la disqualification du candidat Ratsiraka déposée par les avocats du candidat Ravalomanana. Notons que la requête de Ravalomanana a été introduite par Me Andriamadison, mais aussi et surtout défendue farouchement par les avocats les plus connus du pays dont Me William Razafinjatovo dit Olala, les anciens premiers ministres Norbert Ratsirahonana et Me Francisque Ravony ainsi que par Me Jacques Sylla, actuel premier ministre.

ENCORE A PARIS ?

En acceptant de se conformer à l’arrêt de la Cour suprême relative à l’annulation des résultats du 16 décembre (expressément citée dans l’accord de Dakar), Didier Ratsiraka semble reconnaître que “son HCC à lui” est illégale. Il en est de même pour la décision de rejet par cette HCC, de la requête demandant sa disqualification qui s’avère illégale elle aussi et pourrait faire l’objet d’un nouveau jugement. Autrement dit, Ratsiraka n’est pas à l’abri d’une disqualification.

Sur le terrain, les choses n’évoluent guère : l’accord de Dakar imposait à M. Ratsiraka de faire lever les barrages dès sa signature, mais cela n’a pas été le cas. Nombre de ses partisans, y compris parmi ses plus proches conseillers, sont opposés à une levée immédiate des barrages, du moins sans garanties, ont indiqué plusieurs d’entre eux. “Nous attendons le retour du grand chef pour prendre une décision”, a déclaré hier un responsable du camp Ratsiraka. “Il faut lever immédiatement les barrages, nous l’avons fait de notre côté”, a de son côté déclaré Marc Ravalomanana au cours d’une conférence de presse, à son retour dans la Grande Ile, vendredi dernier.

L’Amiral Rouge serait toujours en visite privée en France, et des sources proches de l’Amiral comme il a été indiqué dans l’édition du quotidien L’Express de Madagascar, aurait affirmé que Ratsiraka devait arriver hier à Tamatave. L’information n’a pas été confirmée hier dans la soirée. Autrement dit, Ratsiraka se trouverait encore à Paris.
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ÉCONOMIE : QUATRE À CINQ ANS POUR RÉPARER LES DÉGÂTS

Selon les calculs du secteur privé, la perte d’emplois depuis le début de la crise s’élèvera à 500 000 d’ici la fin du mois. Ce chiffre concerne seulement le secteur formel - alors que le travail non déclaré tient également une place très importante dans l’économie malgache : il fait vivre notamment les ménages les plus pauvres.

L’économie est à genoux : des opérateurs étrangers estiment qu’il faudra au moins quatre à cinq ans pour réparer les dégâts, et encore plus pour regagner la confiance des investisseurs.

Aucun secteur n’a pas été épargné : soit les entreprises ferment leurs portes et envoient leurs salariés en congé ou en chômage technique, soit elles peuvent encore fonctionner, mais avec un ralentissement de leurs activités. Quant aux ménages, l’inflation rogne sérieusement leur pouvoir d’achat déjà amoindri par une politique de paupérisation datant de plusieurs décennies.

Pour les entreprises tournées sur le marché intérieur, l’avenir s’annonce sombre. Marc Ravalomanana a promis une croissance économique rapide mais, selon les bailleurs de fonds, cette promesse sera difficile à tenir. De toute façon, la reprise des activités se fera aux forceps, dans un contexte inflationniste. Quant aux financements pour les investissements, ils seront difficiles à trouver parce que même les banques les mieux implantées connaissent des difficultés.
(Mada-Journal)

Pana Reeve (avec AFP)


 

REPÈRES

• BRICKAVILLE : DES BARRAGISTES INQUIETS
Des membres de l’ACEM (Association des cadres et étudiants de Madagascar) ont été - suivant en cela les ordres de Didier Ratsiraka - à l’origine de la mise en place du barrage de Brickaville. Certains sont décidés à lever ce barrage, mais ils s’inquiètent quant à leur sécurité lors de leur retour dans la capitale, où ils résident pour faire leurs études universitaires. Ces étudiants souhaiteraient au moins une garantie de la part de ceux qui les ont commandités, mais pour l’instant, comme rien ne vient, ils ont l’impression d’être pris entre l’arbre et l’écorce.

• ARRESTATIONS À NOSY BE
Certains partisans de Didier Ratsiraka font comme si l’accord de Dakar n’existait pas. Outre le maintien en place des barrages, des militants pro- Ravalomanana ont été arrêtés à Nosy Be samedi dernier et sont aujourd’hui retenus à Diégo-Suarez avec les autres partisans détenus depuis de nombreuses semaines et qui n’ont toujours pas été relâchés.