allAfrica - Midi Madagasikara - 23 Avril 2002
Salomon Ravelontsalama
La baisse du pouvoir d'achat de la population doit obligatoirement obliger les vendeurs à baisser leurs prix sous peine de mévente. D'autant plus qu'après la levée des barrages, les produits retenus dans les ports vont devoir affluer.
L'huile à 6000 FMG le litre. Ce n'est pas un rêve encore moins un voeu pieux. Le retour à la normale de la vie politique doit aussi marquer le retour des prix à leurs niveaux normaux. "De l'huile raffinée importée et de l'huile brute destinée à la raffinerie d'Antsirabe existent en quantité dans nos ports", révèlent les professionnels. La détente des prix sur le marché dépendra toutefois de la rapidité du ravitaillement.
Sur ce point, on salue la décision du PDS du Faritany d'Antananarivo qui a annoncé la levée de l'obligation d'une autorisation préalable pour tout acheminement des produits de première nécessité dans la province. Si nécessaire soit-elle pour des raisons de sécurité, ce genre d'autorisation a considérablement réduit l'offre sur le marché. L'histoire économique a montré que l'administration du commerce se traduit toujours par des hausses illicites de prix et des pénuries organisées. Ce qui milite en faveur de la loi du marché où le contrôle de l'Etat au bénéfice du consommateur se fait par la réglementation du commerce : entre autres, contrôle des factures qui permet d'escompter le bénéfice du marchand dès lors passible d'une forte imposition en cas de surprofit.
A l'image donc de l'huile, la libre circulation des biens permettra d'augmenter l'offre des autres produits sur le marché, notamment pour les produits de consommation courante. D'abord par l'existence de produits importés, notamment en PPN. Ensuite par la coïncidence de la levée des barrages avec la période des récoltes. Enfin avec la reprise des activités agro-industrielles dont les matières premières ont été bloquées par les barrages.
En vertu toujours de la loi du marché, la faiblesse de la demande va aider les facteurs cités plus haut à faire baisser les prix. Rien que dans la zone franche, les entreprises mauriciennes ont annoncé quelque 7000 pertes d'emploi. Par ailleurs, les activités parallèles que chacun des 150 000 salariés des secteurs public et privé de la capitale excerce généralement, ont été toutes gelées par la crise. Tout cela se traduit par la baisse du pouvoir d'achat et donc de la demande.
FAIBLE ELASTICITE
Il convient toutefois de signaler que les produits de consommation courante ont une faible élasticité, c'est-à-dire que la consommation varie peu quel que soit le prix. Ce qui explique pourquoi les prix ont fortement augmenté dès que la quantité offerte a été réduite, volontairement ou non, car il y a un niveau minimum de consommation. C'est ce qui explique aussi pourquoi les produits non essentiels comme les appareils électro-ménagers, les matériaux de construction, etc. font actuellement l'objet de super-promotion dans les magasins. Dans ce segment de produits, les professionnels préfèrent liquider leurs stocks, les uns pour pouvoir honorer leurs engagements bancaires qui courent toujours, les autres dans une perspective incertaine de l'économie, qui à la sortie de la crise politique risque à court terme de passer à la désinflation (arrêt de la hausse des prix) à la déflation (baisse des prix), à cause toujours de la faiblesse de la demande.
La relance de la demande qui peut relancer toute l'économie n'est toutefois pas facile. Après les réalités qu'ont vécues les entreprises, le patronat va-t-il par exemple honorer sa promesse de renégociations salariales ? Les entreprises franches parties vont-elles revenir ? De nouveaux investisseurs vont-ils arriver rapidement pour créer des emplois ?
A ces questions déterminantes s'ajoute le suspens sur le devenir de la monnaie malgache dont une forte dépréciation relancerait de plus belle l'inflation. Les conséquences de la mise en place du flottement de la monnaie en 1994 ne sont-elles pas considérées comme l'une des origines de la chute de Albert Zafy ?