Vers la fin de l'impasse politique à Madagascar

yahoo, 19.04.2002

DAKAR (AP) - Madagascar se dirige vers la résolution de la crise politique, émaillée de violences, qui prévaut depuis quatre mois. Après deux jours de discussions intensives menées sous la médiation de quatre chefs d'Etat africains et du secrétaire général de l'OUA, les deux présidents rivaux de l'île ont accepté jeudi de conclure un accord destiné mettre un terme à la bataille les opposant depuis le premier tour du scrutin présidentiel du 16 décembre dernier.

Le président autoproclamé Marc Ravalomanana et le chef d'Etat sortant Didier Ratsiraka s'engagent ainsi à attendre les résultats du nouveau décompte des voix ordonné par la justice. Si aucun n'obtient une majorité claire, Didier Ratsiraka -avec un Premier ministre accepté par les deux hommes- présidera un gouvernement intérimaire jusqu'à un nouveau vote organisé dans les six mois sous l'égide de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), des Nations unies et de l'Union européenne.

L'accord, couronné d'une poignée de mains entre les deux rivaux, a été annoncé au terme de discussions entamées à Dakar, au Sénégal, sous l'égide des présidents du Sénégal, de Côte d'Ivoire, du Bénin et du Mozambique et du secrétaire général de l'OUA Amara Essy. MM. Ratsiraka et Ravalomana ont signé le document au cours d'une cérémonie jeudi après-midi, après deux séances de discussions intensives qui avaient commencé peu avant mercredi minuit.

"Il est temps qu'une solution soit trouvée à cette crise", a déclaré le président autoproclamé et maire d'Antananarivo Marc Ravalomanana en ajoutant que les deux hommes mettaient un terme à leur différend "dans l'intérêt du peuple".

De son côté, Didier Ratsiraka a précisé simplement, comme l'a fait son rival, que les deux hommes s'engageaient à respecter leur pacte. Le président sortant a remercié le Sénégal, l'OUA et l'ONU pour leur aide dans la résolution de la "crise".

Deux jours durant, des efforts diplomatiques intensifs ont été déployés par M. Messy et les chefs d'Etat africains. Les dirigeants ont fait la navette entre les chambres d'un hôtel de Dakar pour des entretiens séparés avec MM. Ravalomanana et Ratsiraka. Un tête-à-tête entre les deux hommes a finalement été organisé jeudi matin. Le président et son rival se sont serrés la main avant d'entamer de discussions à huis clos avec les responsables de la médiation.

Ces trois mois d'impasse présidentielle à Madagascar ont divisé le pays et l'armée, paralysant l'économie de l'île avec blocus et barrages routiers. Quelque 35 personnes ont été tuées dans des affrontements, selon des organisations de défense des droits de l'Homme.

Le bras de fer a commencé au lendemain du scrutin du 16 décembre dernier, lorsque que Marc Ravalomanana s'est autoproclamé président, affirmant avoir remporté plus de la moitié des suffrages au premier tour. Selon des observateurs électoraux et des groupes de défense des droits civils, le scrutin a été entaché d'irrégularités.

Le gouvernement du président sortant, qui s'est installé dans le port de Taomasina (ex-Tamatave) sur la côte est, a de son côté soutenu qu'il n'y avait pas de net vainqueur et a demandé une nouvelle élection pour départager les deux candidats.

En vertu de l'accord conclu jeudi, une commission électorale indépendante sera créée à Madagascar. Les deux hommes ont chacun accepté de mettre fin aux divers blocus érigés par leurs partisans pour gêner leurs adversaires et autoriser la libre circulation des biens et des personnes à travers l'île, au large du Mozambique. L'accord repose aussi sur leur engagement à mettre fin aux violences. AP