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Clicanoo
- 21.04.2002
Madagascar
: Des proches de Ratsiraka s'estiment 'trahis'
Marc
Ravalomanana, le "président autoproclamé" de Madagascar, apparaît comme
le gagnant de l'accord signé jeudi à Dakar avec le chef de l'Etat sortant
Didier Ratsiraka, dont le camp n'hésite pas à parler de "trahison" et
laisse planer le doute sur la mise en œuvre de l'accord.
"Ravalomanana
est le grand gagnant de l'accord, Ratsiraka a cédé sur presque tous les
points qui avaient jusqu'alors bloqué les diverses tentatives de négociation",
analyse un expert étranger proche de la médiation de Dakar.
"Cela explique que les lieutenants du président sortant aient peur pour
leur sort et qu'ils traînent les pieds", renchérit un autre expert, qui
craint des "actions violentes localisées pour tenter de torpiller l'accord".
Les barrages érigés depuis deux mois sur les routes par le camp de l'amiral
Ratsiraka pour asphyxier la capitale, Antananarivo, n'étaient toujours
pas levés samedi.
L'accord de Dakar prévoit un nouveau décompte des suffrages de la présidentielle
du 16 décembre dernier et, dans le cas où aucun des deux rivaux n'aurait
obtenu la majorité absolue, la formation d'un gouvernement de transition,
chargé notamment d'organiser un référendum pour les départager. Le texte
prévoit aussi que M. Ratsiraka "s'engage" à faire lever les barrages "dès
la signature" de l'accord.
"Il y a encore des dispositions à mettre en place avant de lever les barrages,
entre autres le retour du président Ratsiraka de Paris", a déclaré à l'AFP
un porte-parole du gouverneur de la province de Toamasina, sur la côte
est, Samuel Lahady, considéré comme un "fidèle" du président sortant.
M. Ratsiraka s'est rendu en France après la rencontre de Dakar. Plusieurs
de ses proches conseillers ont assuré que les plus "durs" de leur camp
se sentaient "déçus", voire "trahis" par leur président, qui a "cédé sur
tout à Dakar", ont-ils souligné.
"Si les barrages sont levés, il n'aura plus de prise sur le pouvoir",
estime l'un de ses plus proches lieutenants, sous couvert de l'anonymat.
"S'il veut quitter le pouvoir, qu'il le quitte seul mais qu'il ne parle
pas au nom de tout le monde dans son camp, ou alors qu'il nous dise clairement
+on abandonne la partie+ et, dans ce cas, on n'a plus qu'à faire nos valises",
ajoute-t-il.
"La population se sent trahie", s'emporte autre proche conseiller de M.
Ratsiraka. "Si les barrages sont levés, nous avons beaucoup d'autres moyens
de pression, nous avons nettoyé Toamasina des pro-Ravalomanana, nous pouvons
nettoyer tout le pays", ajoute-t-il. Une rumeur, insistante à Madagascar,
fait état d'une clause non écrite par laquelle M. Ratsiraka se serait
engagé à se retirer de la course à la présidence avant l'éventuel référendum.
Plusieurs sources indépendantes proches des négociations ont confirmé
à l'AFP l'existence d'un "engagement oral", sous la pression de la communauté
internationale et du président sénégalais Abdoulaye Wade en particulier.
"Ratsiraka a dit à plusieurs reprises à Dakar qu'il ne veut pas être viré
comme un malpropre, qu'il voulait qu'on y mette les formes", assure un
observateur étranger proche du dossier. "Il a dit: +préparons une élection
et je pourrai déclarer forfait+", ajoute cette source.
"Il a répété à plusieurs reprises: +ce qui m'importe c'est la forme+",
confirme une autre source étrangère. "Mais ce peut être une ruse", avertit
cette source. "Cet accord tacite est une porte de sortie honorable, dans
les formes, à la suite de très fortes pressions de la communauté internationale,
en particulier la France et les Etats-Unis concernant une possible confiscation
de ses biens", assure un responsable du camp Ravalomanana.
La contrepartie serait l'immunité pour M. Ratsiraka et ses proches, confirme-t-on
de sources concordantes. La plupart des Malgaches l'accusent, avec sa
famille, son entourage et les responsables de son régime, d'avoir "pillé
le pays" en 27 ans d'un règne interrompu cinq ans seulement.
"M. Ratsiraka a présenté depuis longtemps, lors des diverses négociations,
une liste de proches dont il réclame l'immunité", souligne une source
proche des négociations. "Ce n'était pas une liste, c'était un véritable
Bottin", confirme un observateur étranger.
Le "gouvernement" Ravalomanana
installe son "gouverneur" à Fianarantsoa
Le "gouvernement" du "président autoproclamé" de Madagascar, Marc Ravalomanana,
a installé hier dans la province de Fianarantsoa un haut fonctionnaire
à la place du gouverneur fidèle au président sortant Didier Ratsiraka,
a rapporté une journaliste indépendante sur place.
Les partisans de M. Ravalomanana, qui contrôlent de facto la ville de
Fianarantsoa depuis plus d'un mois, ont assiégé le gouvernorat trois semaines
durant, avant que les militaires qui protégeaient le gouverneur ne désertent
la place il y a trois jours.
Fianarantsoa, la troisième ville du pays, est celle qui a payé le plus
lourd tribut aux affrontements entre les camps des deux présidents rivaux,
avec au moins 15 morts confirmées de sources indépendantes. Après celle
d'Antananarivo, cette province, la deuxième la plus peuplée de Madagascar,
devient la seconde officiellement aux mains du camp Ravalomanana, sur
les cinq que compte le pays.
"Nous allons continuer l'installation de nos PDS", avait déclaré vendredi
le "Premier ministre" de M. Ravalomanana, Jacques Sylla, au lendemain
de la signature d'un accord à Dakar entre MM. Ratsiraka et Ravalomanana.
Cet accord prévoit un nouveau décompte des suffrages de la présidentielle
du 16 décembre dernier et, si aucun des deux candidats n'obtient la majorité
absolue, la formation d'un gouvernement de transition dont la principale
tâche sera d'organiser un référendum pour départager les deux hommes.
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