RéactionsWal Fadjri Dakar, 19.04.2002 DIDIER RATSIRAKA : «Nous avons tu nos ambitions personnelles» "En tout temps, j'aurai été heureux de venir à Dakar, ville hospitalière d'Afrique. Aujourd'hui, je suis particulièrement comblé parce que nous avons pu surmonter ensemble les difficultés et traverser des embûches de toutes sortes qui nous ont paralysés et freinés. Nous avons pu le faire grâce à une ténacité, à une volonté politique et aussi à l'esprit et à la lettre de la sagesse africaine. Car rien, absolument rien, ne peut justifier qu'on puisse casser la cohésion et l'unité nationale. Rien ne peut justifier qu'on puisse dilapider les efforts, l'argent, l'expertise de notre peuple au service d'ambitions personnelles. Nous avons fait passer les intérêts supérieurs de la nation malgache par-dessus nos ambitions personnelles et, partant, nous avons fait passer les intérêts supérieurs de l'Afrique, notre chère Afrique. Je suis comblé parce que, par moments, j'étais tenté de dire : ô rage de désespoir, n'ai-je donc tant vécu que pour cette affaire et ne me suis-je donc tant blanchi sous les travaux pour voir les efforts de tant d'années en quelques mois effacés. Fort heureusement, aujourd'hui, nous pouvons être fiers d'être des dignes fils de l'Afrique ( ) Je suis particulièrement heureux de voir à mes côtés mon jeune frère Marc Ravalomanan. Nous nous connaissons depuis longtemps et, n'en déplaise aux détracteurs de tout bord, aux cassandres, nous avons tenu bon. Nous avons tu nos ambitions personnelles pour les intérêts supérieurs de notre nation. Nous avons décidé de redresser la tête et de reprendre les efforts nécessaires pour que Madagascar retrouve sa croissance, sa dignité, sa souveraineté nationale et internationale, sa fierté, son développement économique harmonieux et équilibré pour que notre peuple vive dans la fraternité, dans la solidarité, dans la cohésion nationale. Je remercie tout le peuple sénégalais de l'accueil chaleureux qui nous a été réservé" MARC RAVALOMANANA : «Nous respecterons la teneur de l'accord» "Je suis content de vous dire que nous avons trouvé une sortie honorable à la crise de Madagascar. Et dès à présent, nous avons fait une déclaration destinée à tous les Malgaches pour qu'ils arrêtent les menaces, le dynamitage des barrages et les violences. Je souhaite que cet accord aille dans le bon sens et nous allons en respecter la teneur". ABDOULAYE WADE : «Ce qui vient de se passer, doit nous rendre fiers» "Je voudrais en quelques mots tirer la leçon de ce qui s'est passé, mais auparavant je voudrais féliciter le président Ratsiraka et M. Marc Ravalomanana qui ont accepté de venir de si loin pour participer à une tentative de réconciliation. Ce déplacement est la preuve d'une bonne volonté pour le dialogue national qui n'aurait jamais dû être rompu. Je voudrais rendre hommage à Amara Essy. Il m'avait contacté quand j'étais à l'île Maurice pour me demander de participer à l'effort de médiation et il n'a jamais été tenté par le découragement. C'est pour ces qualités que nous l'avions désigné secrétaire général de l'Oua. Je le remercie à mon nom personnel et à celui des tous les chefs d'Etat qui étaient là. Je remercie aussi M. Ibrahima Fall qui a participé aux débats en nous apportant sa science de professeur de droit. Je remercie et félicite les collaborateurs des deux protagonistes, les experts et conseillers politiques qui sont venus avec eux. Quand je les voyais discuter, je me demandais si réellement ils étaient en intérêts opposés puisque la discussion a toujours été conviviale, parce que l'intérêt du peuple malgache a été toujours mis en avant. Ce qui vient de se passer doit nous rendre fiers. «Madagascar était bien partie, son économie se développait et brusquement tout s'est cassé. Cela fait partie des accidents de l'histoire et aucun d'entre vous ne pouvait prévoir cela. Malheureusement les événements ont souvent des ressorts qui nous échappent. C'est la raison pour laquelle les hommes politiques doivent être attentifs et prudents dans ce qu'ils font et disent. Quand je dis cela, je m'adresse à tous les Africains. «Je vous félicite de vos déclarations sincères et empreintes de simplicité. Le monde a suivi ce qui s'est passé à Dakar. La France et les Etats-Unis m'ont, dès le départ, apporté leur soutien. Ce résultat de Dakar est important. Vous avez lancé un appel à tous vos compatriotes pour qu'ils arrêtent les violences, le dynamitage des ponts, des routes, la levée de tous barrages. J'espère que votre appel sera entendu. Je demande à mes frères soeurs, filles et fils de malgaches d'arrêter la violence et de se retrouver comme vous l'avez fait. Je demande aux ingénieurs et aux militaires de reconstruire immédiatement les ponts et de faire confiance à l'Oua, à l'Onu et aux chefs d'Etat africains. A tout moment, les chefs d'Etat africains sont à votre disposition". |