|
Le Monde - 20.04.02 Les deux "présidents" malgaches s'entendent sur une sortie de criseUn "gouvernement de transition" devrait être mis en place dans l'attente d'un nouveau décompte des voix Dakar de notre correspondante Il aura fallu que les deux prétendants à la présidence malgache traversent toute l'Afrique pour renouer le dialogue et parvenir à un accord. Invités à Dakar par le président Abdoulaye Wade, en concertation avec l'Organisation de l'unité africaine (OUA), le président sortant, Didier Rastiraka, et le "président" autoproclamé, Marc Ravalomanana, ont signé, jeudi, un accord traçant la voie d'une sortie de crise. Depuis la proclamation des résultats du premier tour de l'élection présidentielle, tenu en décembre 2001, l'impasse était en effet totale. L'opposant Marc Ravalomanana estimait avoir recueilli la majorité absolue des suffrages, tandis que le camp du président sortant rejetait les accusations de fraude électorale et s'en tenait aux chiffres officiels donnant 46,21 % des voix à M. Ravalomanana contre 40,89 % à M. Ratsiraka, qui briguait un cinquième mandat. Et la spirale de la violence s'était enclenchée, laissant poindre la menace d'une guerre civile. Les deux protagonistes de la crise, dont les positions étaient, selon un observateur, "très crispées" au début des discussions, mardi, ont finalement accepté des compromis grâce à la médiation du chef de l'Etat sénégalais, d'Amara Essy, le secrétaire général de l'OUA, et d'Ibrahima Fall, le représentant des Nations unies. Pour résoudre la question centrale des résultats, l'accord prévoit "un nouveau décompte contradictoire des voix". La légalité reste toutefois préservée, la Cour suprême malgache ayant annulé, mercredi, la proclamation des résultats du premier tour. Et si, au vu de ce décompte, aucun candidat n'a obtenu la majorité absolue, "un référendum populaire portant sur le choix entre les deux candidats sera organisé (...) dans un délai de six mois maximum". Certes, ce référendum pourrait ressembler fort au second tour dont ne voulait pas entendre parler le maire d'Antananarivo. Mais le président sortant a, lui aussi, fait des concessions. Il a accepté la mise en place d'un "gouvernement de réconciliation nationale de transition" dont il nommera le premier ministre d'un commun accord avec son rival. Le problème de la dualité du pouvoir que posait la coexistence du gouvernement légal et du gouvernement "bis" constitué par M. Ravalomanana devrait être ainsi réglé, d'autant qu'un autre organe doit voir le jour, "dès la proclamation des résultats". Il s'agit du Conseil supérieur de la transition, qui sera présidé par M. Ravalomanana, "avec rang protocolaire de deuxième personnalité de l'Etat". Cependant, l'accord ne précise pas à quel moment doit être mis en place le gouvernement de réconciliation. Ce qui crée, d'ores et déjà, une difficulté. "Mon gouvernement restera en place jusqu'à l'annonce des nouveaux résultats", a déclaré, jeudi soir, le "premier ministre" de M. Ravalomanana. Cela étant, l'accord, qualifié de "sortie honorable à la crise" par M. Ravalomanana, comporte un autre point essentiel pour ramener la paix et la sécurité et mettre fin au blocus économique qui paralyse la capitale. Dès à présent, conformément aux engagements pris par les deux adversaires, les barrages doivent être levés, "la liberté de circulation des biens et des personnes" rétablie, "les menaces et violences" arrêtées. "Nous avons fait passer les intérêts supérieurs de la nation au-dessus de nos intérêts personnels", a commenté Didier Ratsiraka. "Tout le monde y gagne", s'est félicité, pour sa part, Abdoulaye Wade. Beau joueur, il a souligné qu'Amara Essy, le secrétaire général de l'OUA, était "le maître d'uvre de cette affaire depuis le départ". Il a aussi rappelé que les présidents béninois, ivoirien et mozambicain, venus à Dakar au début de la semaine pour la conférence sur le Nouveau Partenariat pour le développement de l'Afrique (Nepad), avaient participé aux discussions. Mais cet accord, s'il constitue une solution panafricaine à la crise malgache, est aussi une victoire diplomatique pour le chef de l'Etat sénégalais. Brigitte Breuillac |