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mardi 16 avril 2002, 18h01 Flambée de violences à Madagascar, les deux présidents rivaux à Dakar
ANTANANARIVO (AFP) - La flambée de violences à Madagascar, dont au moins deux femmes ont été les victimes mardi rendait plus que nécessaires que jamais mais aussi plus difficiles les pourparlers prévus à Dakar entre les présidents sortant Didier Ratsiraka et autoproclamé Marc Ravalomanana. Une marchande de 16 ans et une femme de 31 ans ont été tuées dans la matinée à Fianarantsoa, dans le centre du pays, par les tirs à l'aveuglette de militaires pro-Ratsiraka qui tentaient de forcer un barrage tenu par des soldats, gendarmes, policiers et civils armés partisans de M. Ravalomanana. La suite est un incroyable imbroglio. Ces mêmes militaires, qui sortaient du palais du gouverneur fidèle à M. Ratsiraka, assiégé par les pro-Ravalomanana, se rendaient à la rencontre d'un camion d'une vingtaine de militaires de leur camp envoyés en renforts, lesquels les attendaient à l'entrée de la ville. Chacun des convois croyant être face à l'ennemi, les militaires pro-Ratsiraka se sont tirés dessus, selon des sources concordantes. Au moins un militaire, le général qui dirigeait les renforts, a été grièvement blessé. Fianarantsoa, la troisième ville du pays, est l'un des points de crispation de la crise et théâtre, depuis vendredi, des premiers combats meurtriers entre les deux factions de l'armée. Dans la nuit de lundi à mardi, à quelque 340 km au nord de là, sur la route qui mène à Antananarivo, un pont important a été entièrement détruit à l'explosif. Les partisans de M. Ravalomanana ont accusé le camp Ratsiraka d'être les auteurs du sabotage. En représailles, ils ont incendié à Antsirabe, une bourgade proche, les maisons du maire et d'un député "ratsirakistes". Ils ont également pillé les résidences de plusieurs autres élus et responsables administratifs, sans qu'il y ait eu d'affrontements. Le camp Ratsiraka a mis en place depuis plusieurs semaines un blocus économique sévère de la capitale en posant des barrages sur les routes et en sabotant des ponts. Lundi, les forces de l'ordre pro-Ratsiraka à Mahajanga, dans le nord-ouest de l'île, avaient dispersé violemment un rassemblement pro-Ravalomanana, blessant une quarantaine de civils, dont deux grièvement. Dans ce contexte de violences, la rencontre prévue entre les deux rivaux sous les auspices du président sénégalais Abdoulaye Wade, sera "extrêmement difficile", voire "improbable", jugent plusieurs observateurs étrangers proches du dossier. M. Ravalomanana a été invité à la conférence du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) en tant que maire d'Antananarivo pour ne pas froisser M. Ratsiraka encore "officiellement" chef de l'Etat aux yeux de la communauté internationale. Mais il s'est présenté dans la capitale sénégalaise comme le "président" de Madagascar. "Je ne crois guère que cette rencontre, si elle a lieu, puisse aboutir concrètement tant les deux parties campent sur leurs positions", analyse un observateur étranger. "La tâche de M. Wade sera extrêmement difficile", convient un autre. M. Ravalomanana, qui s'est proclamé président le 22 février, n'entend pas renoncer à son titre, "pressé, voire pris en otage" par une large frange de la population. Il exige en préalable à toute discussion la levée des barrages routiers. Or tout le monde convient que le blocus d'Antananarivo est la dernière emprise du régime Ratsiraka sur le pays. L'amiral exige en préalable incontournable la dissolution du "gouvernement" de M. Ravalomanana. "La communauté internationale exerce de très sérieuses pressions sur les deux hommes pour les forcer à négocier", assure un diplomate proche de la médiation qui se dit "optimiste". "Nous exigeons de M. Ravalomanana des explications sur sa légitimité car son avènement n'est pas légal au plan formel", a expliqué à l'AFP un représentant de la communauté internationale. "Mais nous exigeons de M. Ratsiraka qu'il mette fin à ses actes qui sortent clairement de la légalité, notamment les barrages, les sabotages, les chasses à l'homme et les violations des droits de l'homme, dans le nord du pays en particulier", a-t-il ajouté, avant de conclure: "Je suis pessimiste".
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