Fianarantsoa 20 morts et 50 blessés

MIDI MADAGASIKARA, 15.04.2002

Bodo Andrianarisoa
Un convoi de militaires d'Antananarivo en renfort !

20 personnes, civils et militaires confondus, ont succombé à leurs blessures jusqu'à présent après les affrontements survenus à Fianarantsoa depuis le vendredi 12 avril dernier. Et dans l'après-midi d'hier, l'on a appris qu'un convoi de 2 camions de militaires est parti d'Antananarivo pour renforcer la sécurité du Gouverneur de Fianarantsoa. A cause des barrages qui sont érigés dès l'entrée d'Ambositra, ces militaires auraient prévu de faire une partie du trajet à pied.

En tout cas, selon Pety Rakotoniaina, ce n'est pas la seule menace qui pèse sur la ville de Fianarantsoa en ce moment, puisque des gendarmes venant de Farafangana et de Vangaindrano sont également en route pour la capitale de cette province autonome. « Fianarantsoa est actuellement devenu le symbole de la lutte entre le KMMR et les partisans du précédent régime. Toutes les forces de Ratsiraka sont concentrées dans cette ville, car il n'y a pas encore de mouvement insurrectionnel dans les autres capitales des provinces » affirme le PDS Pety. Pour en revenir aux événements de Fianarantsoa, depuis le début des affrontements, l'échauffourée qui a fait le plus de morts et de blessés est sans conteste celle qui a eu lieu le vendredi matin, quand les partisans du KMMR, dirigés par le PDS Pety, ont pris d'assaut le siège de la province de Fianarantsoa. Cette attaque a fait 11 morts et 30 blessés du côté du KMMR et 3 morts du côté des gardes du Gouverneur. Le frère Morin, religieux du Sacré-Coeur de Fianarantsoa a également été touché par cinq balles, qui selon le PDS Pety, auraient été tirées par des gendarmes de Tsaramandroso, alors que le religieux était apparu à une fenêtre de son noviciat.

Ampopoka

L'autre affrontement a eu lieu le samedi matin à 6h30 entre les «andrimasompokonolona » d'Ampopoka et 25 militaires de l'Ecole des sous-officiers envoyés d'Antsirabe. Ces derniers ont été envoyés, selon un ordre de mission qu'ils avaient en main pour prêter, semble-t-il, main-forte au Gouverneur de Fianarantsoa, mais ils ont été interceptés et encerclés par la population. En effet, celle-ci avait déjà été avertie que ces militaires avaient été envoyés à Fianarantsoa sur instruction du Général Mounibou. Elle ne pouvait donc, à juste titre, les considérer comme des alliés mais comme des ennemis. D'où « l'embuscade » qui leur a été tendue par les « andrimasompokonolona » d'Ampopoka. Bilan : 5 morts et 20 blessés graves. Les responsabilités sur la mort de ces 5 militaires et les blessures des 20 autres prêtent à réflexion.

Responsabilités

En effet, ces militaires, sur une chaîne de télévision de la capitale, ont affirmé qu'ils n'avaient été mis au courant de leur mission que quelques minutes avant d'entrer à Fianarantsoa. Cet ordre de mission, qui n'était connu que du chef de convoi, était, semble-t-il, clairement établi : appui à l'Etat-Major mixte opérationnel de la province de Fianarantsoa, selon les uns, renforcement de la défense du palais du gouverneur fidèle au président sortant Didier Ratsiraka, selon la plupart des observateurs. Le Gal Rajohnson, premier adjoint au chef de l'Etat-Major Général de l'Armée, a pourtant affirmé, dans une déclaration à l'AFP, que « l'ordre d'envoyer les élèves-officiers à Fianarantsoa n'émanait pas de l'Etat-Major Général des armées mais de l'Etat-major des forces mixtes (militaires, gendarmes, policiers), qui dépend du Premier ministre de M. Ratsiraka ».Cependant, le Lt-Colonel Andriamaharo Clarys, Commandant de l'ENSOA, joint par téléphone, nous a confirmé que ledit ordre a bien été signé par le Général Mounibou, chef de l'Etat-Major Général. Le Gal Rajohnson a-t-il péché par mensonge ou par absence de communication entre lui-même et son supérieur ? Le Lt-Colonel Andriamaharo a par ailleurs précisé qu'il a clairement avisé chacun des militaires faisant partie de la mission de la nature de celle-ci , à savoir appuyer l'Etat-Major mixte opérationnel de la province de Fianarantsoa. Tout cela pour indiquer qu'il ne s'agissait point d'une initiative personnelle de sa part, contrairement à la désinformation véhiculée par certains. Et le Lt-Colonel Andriamaharo de conclure qu'on ne l'y reprendra plus ! « C'est un incident très malheureux qu'il faut à tout prix éviter à l'avenir », convient par ailleurs le ministre de l'Intérieur, Jean-Seth Rambeloalijaona, interviewé par l'AFP. Il est très regrettable par contre que le Gal Mounibou a failli à ses responsabilités lors de la déroute de la mission des militaires de l'ENSOA. En effet, il les a purement et simplement « lâchés » sur place. Ce sont les autorités pro-Ravalomanana de Fianarantsoa qui se sont occupé des soins à apporter aux blessés. Et comme l'hôpital de cette ville ne possède pas de matériel adéquat pour l'extraction des balles, ces derniers ont dû être évacués par un avion du Ministère de la défense nationale et par un hélicoptère du KMMR à l'hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona d'Antananarivo. Ils sont arrivés dans la capitale le samedi après-midi et ont été dirigés vers les différents services de cet hôpital. Par la suite, ces blessés, qui sont tous des militaires, ont été transférés à l'Hôpital Militaire de Soavinandriana.

Pour en revenir à Fianarantsoa, selon Pety Rakotoniaina, « ma mise en place officielle n'est plus qu'une formalité, car nous contrôlons déjà à 90% la machine administrative. C'est parce que le camp adverse se livre à des actes terroristes que nous sommes obligés de livrer bataille ». En tout cas, Fianarantsoa est devenu en quelques semaines la concrétisation d'une lutte sans merci entre une pseudo-légalité violente et une légitimité excédée. A l'image du peuple malgache, la capitale du sud espère à chaque levée du soleil une vie nouvelle