L'armée se disloqueANTANANARIVO (AFP, 14.04.2002) - L'armée de Madagascar, l'une des plus étoilées, des plus pauvrement équipées et des plus pacifiques au monde, se disloque, partagée entre les camps de deux présidents rivaux, au lendemain des premiers affrontements meurtriers entre militaires depuis l'indépendance en 1960. "L'armée se disloque complètement, les rares militaires qui se disent encore légalistes désobéissent maintenant aux ordres de leur hiérarchie", assure à l'AFP un général qui a requis l'anonymat. "L'armée implose", analyse un expert étranger. "Elle est en voie de dislocation", confirme un de ses pairs, au lendemain de la mort de cinq élèves-officiers à Fianarantsoa, dans le centre du pays, vécue comme un véritable psychodrame dans la "grande famille". Vendredi à l'aube, un convoi de 25 élèves-officiers est tombé dans une embuscade tendue aux portes de Fianarantsoa par des civils et des militaires partisans du "président" autoproclamé Marc Ravalomanana. Cinq ont été tués et 18 blessés. Ils avaient été envoyés pour renforcer la défense du palais du gouverneur fidèle au président sortant Didier Ratsiraka, assiégé par les partisans de M. Ravalomanana qui contrôlent la ville. Mais seul le chef du convoi était au courant de la mission et il n'a informé les 24 autres, enfermés dans le camion bâché, que quelques minutes avant d'arriver à Fianarantsoa, selon des sources concordantes et le témoignage d'un rescapé. "C'est un assassinat", lance à l'AFP le général Bruno Rajaonson, premier adjoint au chef d'état-major et numéro 2 de l'armée "légaliste". "C'est un incident très malheureux qu'il faut à tout prix éviter à l'avenir", convient le "ministre" de l'Intérieur de M. Ravalomanana, Jean-Seth Rambeloalijaona. Ce drame est révélateur de l'état de l'armée, tiraillée entre différents centres de commandement et de décision. Le général Rajaonson assure que l'ordre d'envoyer les élèves-officiers à Fianarantsoa n'émanait pas de l'état-major général des armées mais de l'état-major des forces mixtes (militaires, gendarmes, policiers), qui dépend du Premier ministre de M. Ratsiraka. L'armée est écartelée entre pas moins de quatre sources de commandement distinctes: les états-majors de M. Ravalomanana et de M. Ratsiraka, l'état-major des forces mixtes et les gouverneurs des cinq provinces. "Ils ont été envoyés à la boucherie, on savait qu'il y avait des barrages pro-Ravalomanana sur la route", assure un officier supérieur sous couvert de l'anonymat. L'armée malgache compte quelque 25.000 hommes, dont 14.000 gendarmes --qui ont quasiment tous rallié M. Ravalomanana-- mais pas plus de 2.000 véritables combattants, le reste étant composé en majorité de "gratte-papier", confirment experts occidentaux et officiers supérieurs. Elle est largement sous-équipée, sans aviation et dotée de quelques tanks ou pièces d'artillerie dignes des musées. Elle compte en revanche 125 généraux, ce qui en fait l'une des plus étoilées du monde. L'insularité de Madagascar et le pacifisme de sa population expliquent que son armée ne soit pas belliciste. De nombreux diplomates estiment que ses généraux "sont les plus pacifistes du monde" ou "les vrais démocrates dans ce pays". La grande majorité des effectifs a rallié la cause de M. Ravalomanana, selon des sources indépendantes mais M. Ratsiraka a toujours la mainmise sur quelques unités d'élite comme les Régiments des Forces d'Intervention (RFI) et la garde présidentielle. Mais même au sein des troupes légalistes, les événements de Fianarantsoa ont bouleversé la donne. Selon des sources concordantes au sein de l'armée, l'état-major de M. Ratsiraka cherche depuis vendredi à recruter 160 militaires à Antananarivo pour renforcer la défense du palais de Fianarantsoa. "Presque tout le monde refuse et les actes de désobéissance se multiplient", assure un général à l'AFP. Ne pouvant trouver les 160 hommes dans un seul camp militaire, l'état-major en est réduit à démarcher chacun des 13 camps installés dans la province d'Antananarivo pour piocher des "volontaires", selon des sources militaires concordantes. Le calme a régnait dimanche à Fianarantsoa, troisième ville de Madagascar, à 400 km au sud d'Antananarivo, au lendemain d'affrontements meurtriers entre militaires fidèles au "président" autoproclamé Marc Ravalomanana ou au chef de l'Etat sortant Didier Ratsiraka, selon des sources concordantes. "Il n'y aura
pas de combats aujourd'hui car nous poursuivons les pourparlers avec les
éléments rebelles retranchés dans le palais du gouverneur",
a déclaré à l'AFP Jean-Seth Rabeloalijaona, le "ministre"
de l'Intérieur de M. Ravalomanana, contacté au téléphone. |