Madagascar: 5 soldats tués par d'autres militairesAFP 13.04.2002 ANTANANARIVO (AFP) - Cinq militaires envoyés à Fianarantsoa par le camp du président malgache sortant Didier Ratsiraka ont été tués samedi dans une embuscade tendue par des soldats obéissant au "président autoproclamé" Marc Ravalomanana. "C'est la première fois depuis l'indépendance en 1960 que des militaires malgaches sont allés au feu contre d'autres militaires malgaches pour des raisons politiques", commente un éditorialiste local. La sacro-sainte unité de l'armée malgache, que ses responsables aiment qualifier de "grande famille", est désormais une illusion. Les combats opposent depuis vendredi dans la troisième ville du pays, à 400 km au sud d'Antananarivo, des soldats, gendarmes et policiers fidèles à M. Ravalomanana, épaulés par des civils qu'ils ont armés, à des gendarmes et des militaires qui défendent le palais du gouverneur "ratsirakiste" Emilson, où ce dernier s'est retranché depuis plus de quinze jours. "On ne pensait pas que nos frères allaient s'affronter. Je suis très inquiet de la tournure des événements", se lamentait déjà vendredi le général Bruno Rajaonson, premier adjoint au chef d'état-major des armées, numéro 2 des forces restées légalistes. Lundi dernier, il confiait à l'AFP que ceux qui avaient rallié M. Ravalomanana étaient "des frères, pas des ennemis", "simplement en excursion avant de rentrer dans la grande famille". "Ce sont des renégats", s'emportait-il samedi en évoquant les "assassins" qui ont pris en embuscade, à l'aube, aux portes de Fianarantsoa, 25 militaires de l'Ecole Nationale des sous-officiers d'Antsirabe. "Nous allons les pourchasser, jusqu'à maintenant, nous n'avons pas voulu sévir mais cette fois la coupe est pleine", a assuré le général Rajaonson. "Ils n'en n'ont plus les moyens, l'armée est devenue une pétaudière", a commenté un expert étranger. "Nous sommes dépassés", a reconnu un officier supérieur légaliste. Samedi, à l'aube, les 25 militaires de l'Ecole des sous-officiers sont arrivés à un barrage des partisans de M. Ravalomanana. On les a laissés passer, avant d'ouvrir le feu selon le témoignage d'un rescapé. Cinq des militaires victimes de l'embuscade ont été tués, et 18 blessés, dont au moins neuf grièvement, selon une source hospitalière. "Nos hommes ont organisé une sorte d'embuscade", a confirmé à l'AFP Jean-Seth Rambeloalijaona, "ministre de l'Intérieur" de M. Ravalomanana, contacté à Fianarantsoa au téléphone. Les rescapés assurent qu'ils ignoraient tout de leur destination et de leur mission. Mais le camp Ravalomanana affirme qu'ils étaient envoyés en renfort au gouvernorat et qu'ils ont ouvert le feu pour forcer le barrage. Le général Rajaonson jure que "l'ordre ne venait pas de l'état-major", et évoque la possibilité d'un "ordre parallèle". "Mensonge, ou reconnaissance implicite de la déroute de la hiérarchie", commente un observateur étranger. Au total, le bilan des affrontements de Fianarantsoa est d'au moins six morts depuis vendredi, selon des sources hospitalières et humanitaires concordantes: un moine canadien, atteint vendredi de cinq balles dans le dos tirées par des gendarmes légalistes, et les cinq militaires de l'embuscade. Les deux camps annoncent des pertes plus importantes, 11 si l'on ajoute les bilans de part et d'autre. Mais aucune trace des corps, selon des sources humanitaires et hospitalières. Samedi, le calme régnait. "Pas de combats aujourd'hui, nous voulons privilégier les pourparlers pour déloger la vingtaine de militaires qui restent au gouvernorat et éviter toute autre effusion de sang", a déclaré le "ministre de l'Intérieur" à l'AFP dans la matinée. En dehors de quelques rares tirs dans la zone du palais du gouverneur, les combats n'ont pas repris après l'embuscade. Les partisans de M.
Ravalomanana contrôlent les rues de Fianarantsoa, autour du palais
où ils tentent toujours d'installer Pety Rakotoniaina, un haut
fonctionnaire nommé par M. Ravalomanana pour remplacer le gouverneur. |