La tentation du pireRFI 12.04.2002 La crise politique à Madagascar senlise. Les blocages administratifs, politiques et économiques cèdent progressivement le pas à des affrontements physiques entre les deux camps. De part et dautre on cherche à toucher de lintérieur le système mis en place par ladversaire en organisant des attaques et arrestations ciblées. Les médiateurs internationaux craignent des dérapages vers une guerre civile. La tension est montée dun cran sur la grande île depuis la mort en quelques jours de militants des deux parties. La légendaire retenue des Malgaches, dont les deux camps se vantaient nest plus de rigueur. Les partisans de Didier Ratsiraka convaincus de détruire le régime Ravalomanana par lasphyxie maintiennent les barrages sur les routes et détruisent les ponts qui conduisent à la capitale. La réponse des partisans de Ravalomanana est de déloger les fidèles de Ratsiraka qui vivent encore à Antananarivo. Marc Ravalomanana avait lui-même appelé la population et les forces de lordre à «pourchasser les ennemis du peuple» qui organisent le blocus de la capitale. La réaction des militants a été naturellement daller à lassaut des barrages ou en conduisant de véritables expéditions contre les demeures des dignitaires de lancien régime. Un jeune militant du camp Ravalomamana a été tué par des militaires qui protégeaient lune des maisons. Face à cette implication de larmée, qui jusque là gardait une certaine distance, malgré les ralliements en faveur de lun où lautre camp, quelques officiers supérieurs sont sortis de leur réserve pour engager une mission de médiation entre les «deux présidents rivaux». «Nous sommes légalistes, pas derrière un dirigeant, mais derrière la loi et ses valeurs républicaines» a déclaré le général Rajaonson, le chef détat-major adjoint des armées. Bien que respectant la hiérarchie il rejette lidée dordonner louverture du feu sur des populations civiles même si ses supérieurs le lui demandaient. Deux autres généraux, Olaf Zafitsiarendrika et Alban Rabarisoa Ririva le rejoignent pour défendre une place de neutralité de larmée dans ce conflit politique. Tout en demandant au président Ratsiraka de faire lever les barrages et en signifiant au «président» Ravalomanana quils ne reconnaissaient pas son «auto-proclamation», ils ont aussi avoué «quil manque aux deux présidents rivaux la tolérance nécessaire pour se rencontrer et dénouer la crise pour le bien du peuple malgache». Larmée
attend de voir Après la prise des ministères et le contrôle de la plupart des attributs de lEtat, dans la capitale, léquipe Ravalomanana engage la deuxième phase de sa stratégie de contrôle total du pouvoir. Placer les provinces sous son autorité directe alors que leurs gouverneurs ont fait allégeance à Didier Ratsiraka, toujours retranché dans son fief de Taomasina, le plus important port du pays qui donne son nom à la province de lest. Il est aussi vital pour le pouvoir installé à Antananarivo de casser le blocus organisé par les gouverneurs des cinq provinces qui entourent la capitale enclavée au centre de lîle. La recherche de la façade maritime qui devrait favoriser lapprovisionnement de la capitale, a poussé le pouvoir Ravalomanana à prendre Fianarantsoa, la troisième du pays, à 400 kilomètres au sud dAntananarivo, sur la route des ports de Manakara et de Mananjary. Mais le gouverneur nommé par Didier Ratsiraka refuse dabandonner son pouvoir, ce qui a conduit à une confrontation armée engagée le 12 avril entre des soldats ralliés à Marc Ravalomanana et ceux restés fidèles à Didier Ratsiraka. Lengrenage de
la violence inquiète les voisins de lOcéan indien,
lOrganisation de lunité africaine (OUA), et la France
qui réagit officiellement par un communiqué du ministère
des Affaires étrangères. Elle sinquiète des
«graves conséquences économiques et sociales, mais
également humanitaires, des barrages et des destructions dinfrastructures,
qui mettent en péril léconomie et lunité
du pays». La France appuie les initiatives de la Commission de lOcéan
indien qui travaille avec lOUA pour trouver une solution à
la crise politique à Madagascar. Amara Essy, le secrétaire
général de lOUA a informé les instances de
lONU et En marge de ces tractations internationales pour un règlement à lamiable, de nouveaux éléments apparaissent dans le dossier politique malgache. La cour suprême de Madagascar a invalidé le 10 avril, la nomination de six des neuf membres de la Haute cour constitutionnelle, qui avait proclamé les résultats officiels de lélection présidentielle. Lopposition malgache avait émis des réserves sur le renouvellement de la HCC, le 22 novembre 2001, à trois jours seulement de louverture officielle de la campagne électorale. Linvalidation des nominations est une décision politique lourde de sens. Elle soulève de nombreuses interrogations qui peuvent remettre en cause tout le processus électoral. Cette annulation remet-elle en cause les résultats proclamés par la HCC, qui donnaient à Marc Ravalomanana 46,21% des suffrages contre 40,89% à Didier Ratsiraka ? Marc Ravalomanana avait contesté ces chiffres, estimant avoir remporté lélection présidentielle dès le premier tour. Ses partisans et lui pensent que ces «nominations tardives» ont fait le jeu du pouvoir sortant. DIDIER SAMSON |