Marc Ravalomanana officiellement investi président de MadagascarANTANANARIVO (AFP 06.05.2002) - Une semaine après avoir été proclamé vainqueur de la présidentielle de décembre 2001, Marc Ravalomanana a été officiellement investi lundi président de Madagascar, en présence de plusieurs représentants de la communauté internationale. Quelque 100.000 personnes s'étaient progressivement rassemblées dans le stade de la capitale malgache et aux environs pour assister à la cérémonie d'investiture, selon les estimations d'un journaliste de l'AFP sur place. Mais le président sortant Didier Ratsiraka ne reconnaît pas la victoire de son rival, et maintient le blocus de la capitale malgache. Il a même accusé son adversaire de vouloir perpétrer un "coup d'Etat" en se faisant investir. Face à cette situation de blocage, qui paralyse l'île depuis janvier, un "nouveau tête-à-tête" entre les deux rivaux malgaches doit se tenir les 13 et 14 mai à Dakar, la capitale sénégalaise, où ils avaient signé un accord de réconciliation le 18 avril. "Je ne suis pas au courant" de cette rencontre, a toutefois déclaré à l'AFP, lundi après-midi, M. Ravalomanana. "Pour le moment, nous attendons, nous allons en discuter. Mais s'il n'est pas invité en tant que président de la République, il n'ira pas", a précise son conseiller diplomatique, Mamy Andriamasomanana. "Je me demande à quoi peut bien servir une telle rencontre, sauf s'il s'agit de négocier une sortie honorable pour l'amiral Ratsiraka", a commenté l'ancien Premier ministre Norbert Ratsirahonana, conseiller de M. Ravalomanana. Dans son "discours à la Nation", M. Ravalomanana a mis l'accent sur l'unité et la réconciliation: "je suis élu président de tous les Malgaches, même de ceux qui n'ont pas voté pour moi". "Il n'y a qu'une nationalité et qu'une langue à Madagascar. Ceux qui veulent diviser la nation sont ceux qui s'en excluent", a-t-il ajouté dans une allusion aux quatre gouverneurs, proches du président sortant Didier Ratsiraka, qui ont proclamé l'indépendance de leur province. Le directeur général de la présidence de Didier Ratsiraka a pour sa part contesté la légitimité de Marc Ravalomanana, en estimant que "c'est le choix de la République d'Antananarivo". "On a déjà récusé la HCC (Haute cour constitutionnelle, qui a déclaré M. Ravalomanana vainqueur de la présidentielle), donc on récuse aussi ce qui vient ensuite", a expliqué Gérard Andrialemirovason. Plusieurs bailleurs de fonds de l'île, dont la France, l'Union européenne et les Etats-Unis, étaient représentés par leur premier conseiller ou l'adjoint de leur ambassadeur, et non par l'ambassadeur, a-t-on remarqué. Des représentants des bailleurs de fonds ont indiqué à l'AFP qu'ils avaient reçu des instructions de leurs capitales respectives pour envoyer à la cérémonie "leur numéro deux et non leur numéro un", après l'annonce d'une nouvelle rencontre à Dakar entre MM. Ravalomanana et Ratsiraka. "Nous considérons que tout n'est pas fini dans le processus de réconciliation", a estimé un diplomate. Le fait de se faire représenter par des numéros deux est, selon un autre diplomate, "une forme de reconnaissance, mais elle est conditionnée". La Suisse était représentée par son chargé d'affaires, qui fait office d'ambassadeur en l'absence de ce dernier. La Banque mondiale avait un représentant, mais pas son numéro un. Les membres du "gouvernement" de M. Ravalomanana assistaient à la cérémonie d'investiture, avec une cinquantaine de généraux et une trentaine de préfets et sous-préfets. M. Ravalomanana, maire
d'Antananarivo, avait été proclamé le 29 avril vainqueur
de l'élection présidentielle, dès le premier tour
du 16 décembre 2001, avec 51,46% des voix contre 35,90% à
M. Ratsiraka, à l'issue d'un nouveau décompte des voix |